Sa mine peut bien être pâlotte, son planning impossible, on voit Rone s’arracher tout sourire d’une bouche de métro du centre de Paris. Bonnet rayé rouge et noir sur le crâne, lunettes cerclées et silhouette pliée sous le poids d’un sac à dos, le producteur fonce vers nous en vieux frère. «Tu vas bien?», il demande. On bégaie: «Oui.» C’est la première fois qu’on rencontre Erwan Castex «en vrai». Mais une décennie qu’on l’admire. Trois ans après Mirapolis (2017), le Montreuillois a publié fin avril Room With a View, 12 titres hantés par la crise climatique, qu’a précédé une création, peu avant le confinement, imaginée avec (LA)HORDE pour l’une des plus prestigieuses scènes françaises. «Tu veux d’abord voir la scéno et on se prend un café?»

L’entrée des artistes, un sas de sécurité et des escaliers qu’on grimpe quatre à quatre pour parvenir à l’arrière-scène du Théâtre du Châtelet. Pas un bruit. Il est pile 11 heures et l’institution francilienne a tout du navire à quai avant l’orage. «Bientôt, ça sera le feu, confirme Rone. Entre les danseurs qui débarquent et le personnel qui s’engueule, c’est un cirque. J’adore.» On le suit sur le plateau où dort la reconstitution d’une façade d’immeuble éventrée. En fond de scène, une paire de synthétiseurs modulaires patiente sur un trépied. «Ce set up minimaliste est celui que j’ai utilisé pour concevoir mon nouveau disque, explique-t-il. J’aime me limiter à quelques instruments, ça force la créativité. Bon: café? J’ai envie de fumer.»