Cinéma

«Roubaix, une lumière»: si épaisse que soit la nuit…

Arnaud Desplechin se frotte au plus noir du réalisme. Avec Roschdy Zem en flic humaniste, Léa Seydoux et Sara Forestier en paumées, il signe un chef-d’œuvre

C’est la nuit de Noël, des guirlandes clignotent, une voiture brûle. Un avertissement s’affiche, «Ici, tous les crimes, dérisoires ou tragiques, sont vrais», comme un écho à l’admonestation solennelle que Dante fait figurer à l’entrée des Enfers, «Toi qui entres ici abandonne toute espérance». On est à Roubaix, la ville natale d’Arnaud Desplechin dans laquelle, film après film (Rois et Reine, Un Conte de Noël, Les Fantômes d’Ismaël…), il inscrit ses biographies fantasmatiques. Cette fois-ci, il change de registre. Laissant ses chers fantômes hors champ, il plonge dans la lie d’une agglomération sinistrée, 75% de zones sensibles, 42% d’habitants sous le seuil de pauvreté. Suivant les préceptes défendus par Apollinaire dans Zone, il fait du réel sa matière poétique.

Notre rencontre avec le réalisateur et l'acteur: Roschdy Zem: «Avec Arnaud Desplechin, j’ai gravi un échelon»