C’est la nuit de Noël, des guirlandes clignotent, une voiture brûle. Un avertissement s’affiche, «Ici, tous les crimes, dérisoires ou tragiques, sont vrais», comme un écho à l’admonestation solennelle que Dante fait figurer à l’entrée des Enfers, «Toi qui entres ici abandonne toute espérance». On est à Roubaix, la ville natale d’Arnaud Desplechin dans laquelle, film après film (Rois et Reine, Un Conte de Noël, Les Fantômes d’Ismaël…), il inscrit ses biographies fantasmatiques. Cette fois-ci, il change de registre. Laissant ses chers fantômes hors champ, il plonge dans la lie d’une agglomération sinistrée, 75% de zones sensibles, 42% d’habitants sous le seuil de pauvreté. Suivant les préceptes défendus par Apollinaire dans Zone, il fait du réel sa matière poétique.

Notre rencontre avec le réalisateur et l'acteur: Roschdy Zem: «Avec Arnaud Desplechin, j’ai gravi un échelon»