La roulotte est au théâtre de foire ce que le placard est au boulevard: un choix dramaturgique et ludique. Dans Le petit violon, il y a donc une roulotte. Surprise: elle laisse l'impression d'un organe vivant. Le scénographe Jacques Gabel lui a donné la forme d'un cœur délimité par des loupiotes. Son intérieur clignote (éclairage Marc Gaillard) comme un pouls qui bat. Baignés d'une lumière tantôt gaie tantôt saturnienne, les battements ouvrent une voie vers l'inconscient. Des dizaines de jouets s'entassent dans le ventre de la roulotte. Le jeune public y reconnaît son enfance, irrémédiablement perdue pour l'adulte qui la retrouve l'instant d'un spectacle.

La roulotte du Petit violon renvoie donc à un état d'esprit: elle est le pendant théâtral du rêve. En ce sens, elle concentre sur elle le sujet de la pièce. L'histoire est celle de la petite Sarah (Sarah Marcuse), sourde-muette employée comme bête de foire par un bonimenteur odieux Monsieur Univers (Dominique Catton), mais sauvée par Léo (Nino D'Introna), un camelot au cœur d'or qui l'adopte et lui procure l'instruction grâce à un éducateur (Christiane Suter). Le spectacle est visuellement magique. Costumes, lumières et décor (qui joue sur l'idée de mise en abyme du théâtre avec une succession de rideaux) ont été conçus pour entretenir l'illusion. Mais si la magie insuffle au récit une légèreté, elle peine à lui donner une tonalité. A l'engouement que mettent les acteurs dans leur jeu, succèdent parfois des instants qui n'en finissent pas de mourir. Là, alors, on décroche.

Gh. A.