Genre: HISTOIRE
Qui ? Textes réunis et publiés par Danielle Buyssens, Corinne Walker et Livio Fornara
Titre: Rousseau 1712, la naissance. Nouvelles de Genève et du monde
Chez qui ? Slatkine, 206 p.

Jean-Jacques Rousseau, encore. Qu’un groupe d’historiens genevois propose d’aborder par la bande – ou plutôt par le cadre. Celui qui l’a vu naître en 1712 et celui dans lequel il a publié en 1762 deux de ses œuvres maîtresses, L’Emile et le Contrat social . Rédigé sur le mode d’une sorte de journal de l’année, le premier volume permet de cumuler les plaisirs de l’anecdote et la satisfaction de percevoir un peu mieux l’épaisseur du monde dans lequel le citoyen genevois deviendra l’un des inventeurs majeurs de la modernité.

La grande affaire, cette année-là, ce sont les négociations en cours à Utrecht pour mettre fin à la ruineuse guerre de succession d’Espagne, qui se traîne depuis dix ans. Elles n’aboutiront que l’an suivant mais inspirent à l’abbé de Saint-Pierre, qui y participe, un Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe , où il propose la création d’une Union européenne chargée de maintenir la paix entre les Etats.

En Russie, on note la décision de Pierre le Grand de transférer sa capitale à Saint-Pétersbourg, sortie des marais en moins de quinze ans. En Suisse, la paix d’Aarau met fin à une séquelle, la plus meurtrière, des guerres de religion et voit apparaître, encore sous la houlette bernoise, un héros destiné à un avenir plus contestataire: Jean-Daniel Abraham Davel. Et à Genève même, le Petit Conseil réussit à étouffer les dernières braises de la révolution lancée en 1707 par Pierre Fatio en convainquant l’assemblée des citoyens – le Conseil général – de renoncer à des réunions régulières.

Mais les auteurs, pas plus que les contemporains, ne limitent pas leur horizon à l’Europe: ils s’intéressent à la succession sur le trône de Madagascar et à la mort, à Lahore, du sultan soufi Bahadur Shah Ier. Ils suivent la vie intellectuelle, notant la décision de la Royal Society britannique de reconnaître à Isaac Newton la paternité du calcul différentiel, pourtant développé avant lui par Leibniz, ou la mort à Dieppe du Père Richard Simon, auquel ses efforts pour appliquer la méthode critique à l’étude des textes sacrés du christianisme ont valu bien des ennemis. Une audace à laquelle fait écho, au Japon, la publication des Leçons d’histoire d’Arai Hakuseki , dont la démarche analytique tranche sur la tradition moralisatrice des chroniques antérieures. Plus près – à Lausanne – c’est d’une autre audace encore dont fait preuve Jean Barbeyrac, traducteur de Pufendorf et de Grotius, en donnant son cours de droit public en français plutôt qu’en latin.

La chronique locale n’est pas oubliée: craintes sécuritaires face à la criminalité nocturne, difficultés des autorités à faire respecter le règlement sur les cafés ou à empêcher les gens de basse extraction de se parer de dentelles. Bref: de quoi se rafraîchir la mémoire et l’esprit, en attendant le volume suivant, sur une actualité dont, désormais, Jean-Jacques fera partie.