Musique

Rover, la mécanique d’un dandy à Paléo

Anglophile et romantique, le Français joue ce dimanche à Nyon. Rencontre avec une révélation raffinée

Dans son enfance il y a eu une voiture anglaise. Posé sur son siège, il s’est imprégné des odeurs du cuir et des kilomètres de paysages qui défilaient sous ses yeux lors des départs en vacances en famille. Ce souvenir est toujours présent. Plus tard, il a été nomade et a fait de sa vie une succession de voyages et de longs séjours en territoires lointains. Il a été vagabond, donc. En anglais, cela donne rover, un nom qui, pour le coup, résume une existence, ses voitures et ses pérégrinations. Un nom bon pour la scène. En 2012 on a découvert cet autre Rover, chanteur parisien qui a adopté l’anglais et dont le premier album s’affirme parmi les faits discographiques à ne pas manquer cette année.

Rover amène ses pépites au Paléo Festival ce dimanche. Des chansons imprégnées de bon goût anglo-saxon, d’influences distinguées et d’une voix ronde et agile qui ne se fait pas oublier facilement. On pourrait tirer sur le fil de ses compositions, on découvrirait tour à tour des noms essentiels et leur artisanat fin: la dentelle pop et sombre des meilleurs Divine Comedy, l’évidence mélodique de Beach Boys, le dandysme romantique de David Bowie, l’écriture claire de Dylan. Le bagage que porte Rover est encombrant, pourrait-on croire, il se balade pourtant avec assurance. Le chanteur assume d’ailleurs sans pudeur le lourd héritage: «Il faudrait être prétentieux pour claironner en 2012 qu’on est au centre d’une invention musicale. Mon disque prolonge ce que j’aime, ce que j’écoute depuis l’adolescence. Je trouve qu’il y a là une question d’honnêteté difficile à esquiver.»

Il y a quelques mois, Rover a fait son apparition dans les salons cossus d’un hôtel genevois pour parler de son projet personnel. On a découvert alors une silhouette qui en impose autant que sa musique. La prestance renvoie au jeune Depardieu; l’élégance naturelle, un brin surannée, semble sortir du set de tournage de Barry Lindon. Le chanteur parle d’une voix feutrée, le regard clair et mélancolique. Aucun doute, l’homme ressemble à son album.

Dans ses propos, on devine un état d’étonnement permanent. La vague que provoquent ses chansons l’a cueilli par surprise. «On peut toujours rêver de succès, c’est humain au fond, mais quand il arrive, pour petit qu’il soit, on est pris au dépourvu.» Rover ne s’attardera pas plus longtemps sur son ascension. Il préfère évoquer tous ces lieux qu’il a quittés depuis l’enfance, ces déchirements à répétition qui l’inspirent aujourd’hui. Beyrouth a été sa dernière parenthèse, fermée brutalement il y a deux ans sur une simple question de visa. «Là-bas j’ai été guitariste pour New Gouvernement, un groupe monté avec mon frère. J’ai découvert une scène rock bouillonnante et la curiosité quasi obsessionnelle des musiciens et du public. Le Liban est un pays fantastique qui continue de me manquer.»

Le retour en France ouvre la porte des remises en question. Il faut se réinventer et surtout comprendre si la musique est toujours un projet qu’il faut continuer d’explorer. «Je me suis isolé en Bretagne pour reprendre de vieilles idées que j’avais laissées en friche. Rover est né à ce moment précis. Le nom a surgi à l’improviste et je l’ai tout de suite adopté en l’écrivant sur le boîtier d’une cassette. Les compositions, elles, sont le reflet précis de ma relation amoureuse à la musique. Le ton romantique qui se dégage est tout à fait à l’image de ma personnalité.» Le passage aux studios, les enregistrements en analogique («parce qu’ils donnent aux sons une pâte plus honnête que le digital») parachèvent une renaissance. Beyrouth appartient désormais au passé.

Et la France? Aucune trace de sa scène et de son esthétique dans la musique de Rover. La biographie du chanteur a fini par déteindre sur l’album. «Mon père travaillait pour une compagnie aérienne. Alors toute la famille suivait ses déplacements. Du coup j’ai vécu aux Philippines, en Allemagne, en Suisse et ailleurs.» Dans le nomadisme incessant, New York se démarque des autres étapes. Entre l’enfance et l’adolescence, pendant huit ans, c’est la vie rêvée: «Chaque matin, en me levant, j’avais l’impression d’être au bon endroit.» Dans la métropole, il côtoie Julian Casablancas et Nikolai Fraiture, qui formeront plus tard The Strokes. Il y apprend aussi à écouter ses ambitions, sans crainte. Quinze ans plus tard, Rover a réalisé sans doute les plus lumineuses.

Rover, en concert au Paléo Festival, Club Tent, dimanche à 20h30. Rens. www.paleo.ch

Rover, Rover (Cinq 7/Disques Office)

Son élégance naturelle, un brin surannée, semble sortir du set de tournage de «Barry Lindon»

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