Roy Eldridge. The Complete Verve Studio Sessions (7 CD Mosaïc-Verve 986 127-8/Universal)

Encore un coffret pour lequel il faudra bien se résoudre à casser sa tirelire. Et vite, pour cause d'édition limitée. Même si 10 000 exemplaires, ça peut paraître confortable pour un musicien qui n'a pas à ses basques posthumes la foule que drainent les noms magiques de Miles Davis ou Chet Baker. Perte d'aura populaire certaine pour Roy Eldridge, qui fut pourtant quelque part entre Armstrong et Gillespie l'homme fort de la trompette. Remis en selle par Norman Granz, il signe pour lui, de 1951 à 1960, les faces à couper le souffle qu'on trouve ici intégralement réunies. Eldridge, c'est le casse-cou sublime, qui assure lui-même toutes ses cascades, même lorsque ses forces physiques le trahissent (à vérifier dans un coffret ultérieur). Ici, son aptitude au défi est entière, sa fringale de joutes féroce. Il croise le fer avec à peu près tout ce qui bouge: Dizzy dans un très émouvant face-à-face maître-élève; les Trumpet Kings, c'est-à-dire les mêmes augmentés de Harry Edison (en bataille rangée dans «Steeplechase» où même Peterson le fort en gammes éprouve toutes les difficultés du monde à en placer une); lui-même lorsqu'il se double au piano. Personne n'a posé la note de façon aussi irresponsable sur le tranchant du rasoir, là où elle est sûre de ne pas tenir en équilibre plus d'une fraction de seconde avant de tomber d'un côté ou de l'autre. Ce qu'elle fait immanquablement, dans un fracas de swing ferrailleur et scintillant.