Avec son franc sourire, Roy Goodman affiche un naturel typiquement anglo-saxon. Violoniste et chef d'orchestre, il a vécu toute la révolution sur instruments d'époque. A 55 ans, il fait partie des pionniers qui, dès les années 70, ont abordé le répertoire baroque et classique sous l'œil sceptique de la critique. Ce soir, il dirige l'Orchestre de chambre de Genève dans une affiche qui fait la part belle à la première et seconde école de Vienne.

Franz Schrecker, compositeur d'origine juive mis à l'index par le régime nazi, est une découverte récente. «Il y a quelques années, je travaillais à l'Opéra de Stuttgart lorsque j'ai vu son opéra Die Gezeichneten. J'ai été emballé par cette écriture au chromatisme postmoderne, me rappelant Richard Strauss.» Au fil de ses recherches, Roy Goodman s'aperçoit que ce compositeur, qui connut sa période de gloire dans les années 1910 à Vienne, est l'auteur d'une Symphonie de chambre. Franz Schrecker ayant connu Arnold Schönberg, il décide de juxtaposer cette œuvre à la géniale Symphonie de chambre No. 1 de Schönberg.

«Ces œuvres respirent un parfum de fin de siècle. Si Schrecker développe un chromatisme exacerbé, il ne quitte jamais l'univers de la tonalité. Schönberg, au contraire, cherche à faire éclater le moule tonal.»

La 2e Symphonie de Beethoven, qui complète la soirée, le ramènera à cette époque bénie où tout était à refaire. «En 1975, j'ai fondé le Brandenburg Consort. En 1977, j'ai acquis mon premier violon baroque. J'ai alors joué sous la conduite de Trevor Pinnock, Christopher Hogwood, John Eliot Gardiner, Roger Norrington.» Roy Goodman se met alors à diriger lui-même, s'attaquant aux symphonies de Haydn et Beethoven avec son Hanover Band. Eclipsé par ses collègues davantage médiatisés, cette baguette mérite d'être entendue.

Roy Goodman et l'Orchestre de chambre de Genève, ce soir à 20h30 au BFM de Genève. (Loc. 022/807 17 96)