A presque 80 ans, porté par la vague cubaine, Rubén González est devenu une star. Il n'y a pas si longtemps, il était oublié de tous, semblait résigné à vivre dans le souvenir d'un passé glorieux – ces mythiques années 40 où il jouait dans l'orchestre du génial leader aveugle Arsenio Rodríguez. Puis le producteur du label World Circuit, Nick Gold le bien nommé, est venu à Cuba enregistrer le célèbre album Buena Vista Social Club. Il entend Don Rubén, s'extasie sur son jeu de piano hypnotique, et lui propose sur le champ un disque en solo. La suite est entrée dans la légende sous la forme de Introducing Rubén González, succès planétaire et petite merveille nostalgique. Après le Victoria Hall de Genève l'an dernier, le pianiste se retrouve en chair et en os dans la fournaise de Paléo.

Les concerts du patriarche se déroulent toujours selon le même schéma. Il est entouré de musiciens beaucoup plus jeunes, qui le chaperonnent avec tendresse. On lui laisse la vedette pendant le premier set; puis, par modestie ou par fatigue, il préfère accompagner les autres, son ami le chanteur Ibrahim Ferrer notamment.

Les doigts, toujours agiles, scandent les thèmes célèbres avec ferveur, reparcourent les formules anguleuses et les traits en spirale qui sont devenus sa signature pianistique. Parfois, Rubén se perd au détour d'une improvisation, ou n'accroche pas tout de suite le bon tempo. Comment lui en vouloir, à cette mémoire vivante, à cette encyclopédie du son cubano? La magie s'installe par sa seule présence fragile mais nécessaire. Car Rubén González n'est pas qu'une machine à remonter le temps, il est aussi un catalyseur de swing. Du swing le plus pur et percutant. Que la transe commence.

Rubén González, vendredi 23 juillet, Chapiteau, 20 h.