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Le photographe Carlo De Rosa immortalise des scènes délirantes durant tout le Paléo Festival.
© Carlo De Rosa

Paléo  

A la Ruche, un photographe butineur

Pendant toute la durée du festival, le photographe italo-suisse Carlo De Rosa capture les instants cocasses et poétiques de «l’autre Paléo», cette Ruche dévolue aux arts du cirque et du théâtre de rue. Rencontre

Deux clowns potaches tombent leurs masques punks. Une skieuse en combinaison fluo se repose à l’ombre de sa roulotte. D’immenses dodos fraternisent avec les festivaliers devant la Grande scène. Des étincelles métalliques volent autour d’un forain, lui donnant l’air d’un astronaute perdu dans la voie lactée. Esthétiques et narratifs, ces clichés ont été accrochés pendant vingt-quatre heures sur les murs de la Ruche, l’espace dédié au Paléo aux arts du cirque et du théâtre de rue. Une galerie photo éphémère qui mue au fil des frasques de ceux qu’on surnomme «les abeilles», à savoir les artistes et les bénévoles qui bourdonnent dans cet univers dissimulé à l’arrière du quartier des Alpes. «Quelqu’un qui déambule tous les jours ici ne verra jamais les mêmes images», promet Carlo De Rosa, le photographe qui immortalise ces scènes délirantes durant toute la durée de la manifestation. «C’est non-stop. Poser mon appareil, c’est passer à côté de quelque chose comme ce cabaret des années folles ou, si je tourne la tête à 45°, ces baigneurs loufoques», observe-t-il les yeux ébahis.

L'interview de Daniel Rosselat: «Au Paléo, l’argent est un moyen, et non un but»

«La Burla», la moquerie en français, anime l’édition 2018 de ce nid théâtral au cœur du festival. Un thème qui inspire ce passionné de jeux de rôles grandeur nature. Compulsif, il shoote jusqu’à 2000 images par jour. Un travail titanesque qu’il trie la nuit pour cristalliser sur papier glacé le nectar, en 15 images, de son travail effréné. «J’ai toujours approché Paléo à l’instinct», lance celui qui a reçu une carte blanche en récupérant à Nyon les tirages de la veille.

Arrêts sur image

Retour sur le site avant l’ouverture des portes, afin de suspendre ses œuvres. «Grave cool ces photos», lui lance une jeune ado qui flânait dans le coin. Carlo De Rosa s’illumine. Père d’une petite fille, l'un des coordinateurs pédagogiques de l’Eracom (Ecole romande d’arts et communication de Lausanne), connaît l’impact du visuel sur la nouvelle génération. «La photographie et la vidéo se démocratisent en forme d’écriture. On communique à travers la lumière et l’iconographie», explique-t-il.

Ses photos sont comme des arrêts sur image dans un film. On peut imaginer l’avant et l’après

Patrick Chambaz, fondateur de la Ruche

Formé à la mise en scène aux Etats-Unis, ce Napolitain arrivé dans le canton de Vaud en 1983 a fait ses gammes en autodidacte dans le cinéma. Après une expérience d'assistant de production sur Le négociateur, avec Samuel L. Jackson et Kevin Spacey, il connaît un certain succès avec Finding Joy, long-métrage qui sera distribué par Netflix en 2013. Mais Hollywood manque de fantaisie pour cet introverti qui ne s’épanouit qu’auprès des saltimbanques. Il rentre au pays et s’amourache de la photographie. Sa première exposition, sur les «aquamen», des hommes à scaphandre, est présentée dans le cadre du festival Visions du Réel. Son grain touche Patrick Chambaz, père de la Ruche, fondée il y a onze ans. «Ses photos sont comme des arrêts sur image dans un film. On peut imaginer l’avant et l’après», s’extasie le programmateur, qui l’a cette année invité pour la troisième fois à Paléo. Un record.

Lire le portrait de Patrick Chambaz (2017): Un roi des abeilles à Paléo

Pour cet obsédé du cadrage, les concerts sont secondaires. En transe, il préfère suivre les «farandoleurs» de Fréquence Moteur, les comiques de la Cie du Botte-Cul ou les aviateurs de Gerry Oulevay. «Après le marathon Paléo, je vais aller photographier le Burning Man, ce festival psychédélique dans le désert du Nevada», glisse Carlo De Rosa dans un sourire las. Backstage, il se murmure qu’il pourrait revenir en 2019 pour témoigner à nouveau de l’effervescence de cet espace intemporel. Lui rêve déjà de mettre sur pied une expérience augmentée en proposant des univers sonores liés à ses futurs portraits. En attendant, avec sa famille estivale, il soufflera ce week-end ses 43 bougies.

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