Genre: Histoire
Qui ? Wang Xiuchu
Titre: Les Dix Jours de Yangzhou, Journal d’un survivant
Trad. et présenté par Pierre Kaser
Chez qui ? Anacharsis, 104 p.

Vers la fin du XVIIIe siècle, Shen Fu, l’auteur de Six Récits au fil inconstant des jours, se réjouissait de la beauté des jardins de Yangzhou, cité opulente située non loin de Nankin, enrichie par le commerce et réputée pour ses plaisirs. Un siècle et demi plus tôt, en mai 1645, alors que les Mandchous achevaient leur conquête de la Chine contre les Ming, la ville avait subi une terrifiante mise à sac.

Meurtres, incendies, viols, pillages, les habitants de Yangzhou vécurent l’enfer. Le général Shi Kifa, l’un des derniers chefs de guerre fidèles aux Ming, s’était replié début mai dans la ville de Yangzhou, devant les troupes mandchoues. Le 19 mai, les assaillants pénétrèrent dans la cité et s’ensuivirent dix jours de confusion et de carnage. Le récit de Wang Xiuchu est celui d’un habitant de Yangzhou, un homme fortuné, puisqu’il sauve à plusieurs reprises sa peau en versant de l’argent aux ennemis, ce qui ne l’empêche pas d’être témoin de l’horreur.

Dans ce récit, traduit et présenté avec précision et érudition par le sinologue Pierre Kaser, Wang Xiuchu raconte la succession d’événements atroces dont il fut témoin d’une façon simple et poignante, qui renvoie à tous les massacres de l’histoire. Pierre Kaser, lui, pose le contexte historique, mais relate aussi, et c’est très intéressant, comment ce récit fut utilisé en Chine par les ­générations suivantes. Emblème de la souffrance des Chinois per­sécutés par l’étranger, il ressurgit lorsqu’il s’agit pour les Chinois de se débarrasser de la dynastie mand­choue au tournant du XXe siècle, puis, plus tard, contre l’envahisseur japonais.