Bande dessinée

Le sacre attendu d’une femme à Angoulême

Rumiko Takahashi, l’auteure de «Ranma ½», est l’une des trois finalistes pour le Grand Prix au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Une présence voulue par la forte mobilisation de la profession pour féminiser la liste des lauréats

Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême a dévoilé ce mercredi les trois finalistes pour l’obtention du Grand Prix, l’une des plus hautes distinctions dans le 9e art. Parmi eux, la Japonaise Rumiko Takahashi, connue des aficionados pour avoir réalisé Maison Ikkoku (Juliette, je t’aime) et Ranma ½, deux mangas adaptés en dessins animés. Considérée comme l’une des pionnières du manga destiné aux adolescents, elle fait partie des dessinatrices les plus lues au monde. Rinne, une série de 40 tomes racontant l’histoire d’une fillette pouvant voir les fantômes, est sa dernière publication.

Cette renommée a amené les auteurs à miser sur son nom depuis quelques années pour la prestigieuse distinction bédéphile. Avant 2013, les auteurs récompensés étaient choisis par les anciens lauréats. Mais depuis six éditions, c’est l’ensemble de la profession qui participe à la désignation. Un changement qui plaide pour récompenser certains oubliés, comme ce fut le cas pour l’Américain Bill Watterson en 2014, le Japonais Katsuhiro Ōtomo en 2015 et le Belge Hermann en 2016.

Un «grand auteur» avant tout

La tribune de la scénariste Valérie Mangin, reprise sur les réseaux sociaux, aurait pesé sur la sélection finale. Dans « Et pourquoi pas le Grand Prix d'Angoulême pour Rumiko Takahashi ? », la scénariste d’Alix Senator défend le choix de Rumiko Takahashi: «A l’heure où la question de l’invisibilisation des femmes et plus généralement celle de leur égalité avec les hommes sont plus que jamais au cœur des préoccupations sociétales, il est très tentant de vous demander de voter simplement pour une autrice, quelle qu’elle soit, par principe. Mais ce serait dire que le sexe d’une autrice importe plus que son œuvre. Ce serait la dévaloriser d’une autre façon. Alors non, je ne vous propose pas de voter que pour une femme, je vous propose surtout de voter pour «un grand auteur.» .

En plus de «réaffirmer que la bande dessinée n’a pas à avoir honte d’être une culture populaire», voter pour Rumiko Takahashi est «un choix doublement radical et résolument actuel», souligne Valérie Mangin. Après Florence Cestac en 2000, l’artiste nippone serait la seconde femme récompensée et porterait à quatre le nombre de Japonais présents dans l’Académie des Grands Prix. Si elle s’impose, Rumiko Takahashi devra réaliser l’affiche de la prochaine édition et préparer une exposition rétrospective de son œuvre, riche de 190 albums. La Japonaise damera-t-elle le pion au Français Emmanuel Guibert et à l’Américain Chris Ware? Réponse mercredi prochain. 

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