Les maux des mots

Sacré participe ou plaidoyer pour la correction

Chaque mardi de l’été, notre chroniqueuse déjoue les pièges les plus courants et les plus retors de la langue française

Comment rationaliser les coûts de production dans la presse, navire en perdition sous la marée de la démocratisation de l’écrit via tous les canaux imaginables? Une lueur jaillit régulièrement dans l’esprit des dirigeants: et si, finalement, on se passait des correcteurs, pauvres bouées arrimées à ces derniers récifs que sont les journaux? Aveuglant certains rédacteurs en chef, cette lueur a eu l’effet d’un pétard mouillé, le flux des mots devenant illisible sous les coquilles.

Et ce fameux outil de correction informatique, censé repérer, tel un sonar, les écueils de langage? Le plus souvent, il emmène son utilisateur droit dans le banc de sable. Sans discernement, il n’est qu’une coquille vide voire un prédateur linguistique à ne pas mettre entre toutes les mains.

Une concentration de tous les instants

En effet, rien ne peut remplacer, en efficacité, la torture mentale qu’est pour le correcteur une recherche dans le Dictionnaire des pièges et difficultés, avec toutes ses entrées correspondant à autant de cas particuliers qui apparaissent sous son regard acéré. Notamment en ce qui concerne l’accord du participe passé. Un questionnement sans cesse renouvelé, même pour le professionnel le plus chevronné, devant affronter plusieurs pages de nuances infernales qui vont de «participe passé employé aux temps composés de certains verbes intransitifs» à «accord dans le cas d’un temps surcomposé» en passant par «participe passé employé en relation avec des antécédents spéciaux». Et lorsqu’il trouve enfin la solution à ce casse-tête, voilà qu’il tombe sur la mention: «Cette règle n’est pas toujours appliquée, même par les bons écrivains modernes.»

Eh bien oui, il faut une endurance et un engagement tout humains pour débroussailler à la machette les ramifications abyssales de la langue française et ses contradictions. Les correcteurs seraient-ils les derniers Robinsons?


Lire aussi: Point barre, l’enfer du correcteur de presse

Publicité