Un oiseau fabuleux à portée de main. Avec un regard bleu qui est son enfance. Dans le salon de la Fondation Bodmer, ce mardi à 11h30, on avait ce privilège, le temps d’une présentation à la presse. Côtoyer l’acteur Alain Trétout, qui a été L’Oiseau vert, rôle-titre d’un spectacle qui a marqué la vie artistique genevoise et européenne dans les années 1980. Benno Besson, qui prenait alors les rênes de la Comédie, faisait feu de toute sa fantaisie. Werner Strub, lui, donnait au conte de Carlo Gozzi une épaisseur archaïque et fantasque: ses masques, en cuir et en plumes, transfiguraient les personnages.

Hommage à Werner Strub: Le dernier masque

Toute sa vie, Werner Strub (1935-2012) a caché les visages pour dévoiler les âmes. C’est cet art que la Fondation Bodmer à Cologny et son directeur, Jacques Berchtold, honoreront dès le 16 octobre. Un carrousel de figures sorties de l’athanor de nos fictions sera mis en résonance avec des manuscrits de grandes pièces, les quartos de Shakespeare par exemple.

«Le masque donne des ailes»

Ce champ magnétique, on le doit aussi à François Passard et à Guillaume Chenevière, respectivement président et coprésident de l’Association Werner Strub, qui réunit la Comédie et le Théâtre de Carouge. Ces deux enthousiastes ont été les amis d’un artiste dont les mains ont sculpté les rêves de grands metteurs en scène, Giorgio Strehler, Roger Planchon, Jean Liermier.

Un masque modifie un corps de comédien et même de spectateur. C’est la promesse d’Anne-Catherine Sutermeister, historienne de la scène qui signe l’exposition. On éprouvera ainsi le pouvoir de ces parures grâce au dispositif de réalité virtuelle conçu pour l’occasion. Alain Trétout, lui, a ces mots: «Le masque est porté et porteur; il donne des ailes.» Hier, deux danseurs du Ballet de Genève se sont chargés d’illustrer cet adage. A vos masques, donc.


Masques et Théâtre, Fondation Bodmer, du 16 octobre au 11 avril; rens. www.fondationbodmer.ch