On sait depuis le premier passage de Louise Attaque à Paléo en 1998 que le premier concert de la journée sur la grande scène de l'Asse peut vite tourner au calvaire. Sans l'appui d'un light show conséquent et dans une atmosphère plus proche du buffet campagnard que de la grand-messe rock, difficile d'échapper à la léthargie.

Avant l'arrivée sur scène de (Damien) Saez, beau gosse du jeune rock français, révélé par un premier album des plus efficace (Jours étranges/Universal), on pouvait donc raisonnablement s'interroger sur la capacité du précoce Dijonnais (22 ans) à faire mieux que ses désormais célèbres aînés, Louise Attaque ayant largement rattrapé mardi soir la mauvaise impression laissée deux ans auparavant.

Quelque chose de James Dean ou de Johnny Depp dans la posture, Damien Saez a rapidement démontré qu'il avait les épaules assez larges pour relever le défi de Paléo. Trop, peut-être. Car si Saez a effectivement tout pour séduire le jeune public féminin, le jeune phénix qu'il est pourrait rapidement se brûler les ailes. Sûr de lui jusqu'à l'arrogance, il joue jusqu'à l'excès d'une moue boudeuse, toisant un public clairsemé avant de saluer d'un «Bonjour la Suisse, vous êtes encore endormis?» un brin moqueur.

Profitant d'une présence incontestable, Saez peut en outre s'appuyer sur une formation compacte emmenée par le bassiste Marcus Bell, responsable de la plupart des musiques de Jours étranges. On a donc entendu du bon rock à guitares, à l'image du titre phare de ce premier album, le très radiophonique «Jeune et con». Un intitulé qui reflète à la fois l'engagement un peu neuneu, le pessimisme de bon aloi, mais aussi le soupçon de cynisme et d'autodérision d'une formule certes convenue, mais dans l'ensemble convaincante. Et ce même si, comme le soulignait récemment Libération, les préoccupations du chanteur vont «de la rentrée au lycée à l'inhumanité». Un panorama contestataire aux bornes encore floues, pour un artiste qui chante U2 et cite Pink Floyd.