Teresa, la cinquantaine plantureuse, part au Kenya. Premier volet d’une trilogie consacrée à des femmes en vacances, Paradies: Liebe s’intéresse au tourisme sexuel, ce prolongement glauque du colonialisme. La photo du pénis de l’amant endormi est un trophée qui vaut une corne de rhinocéros.

Teresa (Margarehe Tiesel) et ses copines ne sont pas méchantes, juste persuadées de leur supériorité. Elles reconduisent tous les clichés du «y a bon Banania» et pouffent comme des ados en goguette. Leur pouvoir d’achat leur permet de mener une vie royale? Elles ne s’en privent pas, avides de jouir encore une fois avant la vieillesse.

Avilissement

Paradies: Liebe carbure à la haine de soi, ce sentiment consubstantiel à la culture autrichienne, caractéristique des œuvres de Thomas Bernarhd, Elfriede Jelinek ou Michael Haneke. La première scène, aussi hilarante que gratuite, témoigne de la misanthropie féroce d’Ulrich Seidl (Animal Love, Dog Days): une douzaine de handicapés mentaux font un tour en autos tamponneuses…

Le réalisateur autrichien provoque le malaise à travers une dialectique perverse, tablant sur le voyeurisme du spectateur. Oui, elles sont monstrueuses ces «sugar mamas» déballant 20 kilos de mamelles flasques devant un éphèbe d’ébène. La monstruosité ne réside toutefois pas dans le bourrelet et la vergeture, comme le monde de la publicité essaye de le faire croire, mais dans l’avilissement du pauvre par le riche.

Par ailleurs, l’affreuse partouze au cours de laquelle quatre femelles désinhibées par l’alcool et la ­délocalisation culturelle s’amusent avec un jeune autochtone, jusqu’à lui mettre un ruban rose à la zigounette, semblerait sans doute moins choquante si le rapport des sexes était inversé. Dérangeant, irritant, hilarant, excessivement long, Paradies: Liebe a le mérite d’obliger chacun à réviser ses préjugés et sa morale.