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«Le Prisonnier», fiction obsessionnelle.
© Collection CSFF

Série d’été

La saga des séries TV: années 1960, «Bonjour chez vous!»

Histoire des séries TV, chapitre 2. Où l’on apprend que si les Américains lancent quelques poids lourds dans les années 1960, la décennie de la «Swinging London» est dominée par l’audace des productions anglaises

En ces années 2010, les séries constituent le genre audiovisuel majeur partout dans le monde. «Le Temps» évoque la petite histoire des feuilletons en sept décennies.

Le premier épisode: Années 1950, Zorro est arrivé!

Le choc viendra le 29 septembre 1967. En attendant, en ce début des années 60, c’est Swinging London! La Grande-Bretagne triomphe. En 1960, la chaîne privée ITV lance Destination danger, une série qui met l’espionnage à la mode, trois ans avant le premier James Bond. Elle propulse aussi l’acteur Patrick McGoohan, que l’on retrouvera bientôt, et pour cause…

La grandeur feutrée de «Chapeau melon…»

Un an plus tard, ITV met sur orbite Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers), qui durera jusqu’en 1969. Suivront les New Avengers de 1976 à 1978. Due à une escouade de scénaristes déjantés, dont le caractériel Brian Clemens, The Avengers bouscule la jeune routine de la fiction télévisuelle. Cette série a pourtant débuté comme un feuilleton policier ordinaire, dont certains épisodes ont été tournés en direct – ils resteront donc perdus à tout jamais. D’abord secondaire, le personnage de John Steed s’impose. Le génie des auteurs est de l’affubler ensuite d’une femme au caractère bien trempé. Et puissamment érotisée: qui oubliera Diana Rigg, celle qui a fait ces temps la grand-mère canaille dans Game of Thrones?

Chapeau melon et bottes de cuir est comme un train miniature qui sort toujours de ses rails. Jamais vraiment policière, pas seulement satire des James Bond, elle prône une fantaisie permanente, avec la coupe de champagne de rigueur.

Retrouvez tous nos articles sur les séries TV.

L’immortel Dr Who

La vigueur anglaise n’a pas de limites. La science-fiction est prise d’assaut par la BBC dès 1963 avec Dr Who, histoires d’aventures temporelles baignées dans le goût britannique de l’absurde, qui dureront jusqu’en 1989, sur près de 700 épisodes, usant huit acteurs pour le seul rôle du docteur. Elles ont été reprises en 2005 avec Christopher Eccleston, puis David Tennant, jusqu’à l’actuelle docteure, Jodie Whittaker. La figure du docteur est immortelle.

Puis c’est Les sentinelles de l’air (Thunderbirds), projet fou pourtant concrétisé: un feuilleton réalisé uniquement avec des marionnettes et des maquettes. Les créateurs, Gerry et Sylvia Anderson, prolongeront l’aventure avec une série en chair et en os à la fin de la décennie (UFO), puis, en 1975, la mythique Cosmos 1999. C’est le triomphe des poupées, servies par des budgets colossaux, mais négligées par ses diffuseurs.


En vidéo: comment les séries ont gagné en puissance.

Aux Etats-Unis: «N’essayez pas de régler l’image…»

Aux Etats-Unis, le début des années 1960 marque un temps d’arrêt, nourri surtout par La quatrième dimension, anthologie fantastique suivie par sa concurrente Au-delà du réel, qui, déjà, parodie le jeune média télévisuel. Chaque épisode est précédé de la mémorable introduction: «N’essayez pas de régler l’image, nous contrôlons toutes les retransmissions…»

En cuisine, ABC concocte Ma sorcière bien-aimée, servie dès 1964. Très populaire ici en raison de ses multiples rediffusions sur les chaînes françaises, Bewitched, selon le titre original, met en scène le couple d’une manière inédite, décrivant une femme sorcière à ses heures qui cherche à se plier au désir obsessionnel de normalité de son mari, sans jamais y parvenir. On peut vite théoriser sur cette femme dont la société, via le mariage, exige de renoncer à sa nature véritable, au moment où couve la libération féminine.

Ensuite, Les mystères de l’Ouest (Wild Wild West) change le ton. Voilà encore une série unique, qui prend le contre-pied de la production cinématographique et qui captive son audience avec des histoires aussi alambiquées que fondatrices. La production américaine s’ébroue. C’est Mission impossible et Star Trek (1966-1969 en première période), la grande pyjama party interstellaire qui, grâce à quatre séries dérivées, durera jusqu’en 2005. Moins connue, Les couloirs du temps (Time Tunnel) aborde le voyage temporel d’une façon amusante, avec son équipe de 12 000 chercheurs œuvrant dans un complexe souterrain de 799 étages (!). Elle a marqué de nombreux conteurs.

Les francophones se lèvent pour Thierry la Fronde

La France n’est pas en reste. Les aventures forestières de Thierry la Fronde (1963) emmènent les pays francophones dans leurs farandoles. Puis c’est Rocambole, feuilleton très populaire mais terriblement théâtral.

En 1964, la création de la deuxième chaîne de l’ORTF, et l’ouverture aux producteurs indépendants, libère la création télévisuelle. Belphégor captivera la France, et au-delà, en multipliant les pistes scénaristiques sans jamais les conclure. Ainsi ouvert, le filon des sociétés secrètes s’avère fructueux: francs-maçons, rose-croix ou Compagnons de Baal (1968), tout ce qui relève de l’occulte excite les téléspectateurs.

En parallèle, le remarquable feuilleton L’abonné de la ligne U raconte une enquête complexe, sur deux crimes apparemment liés, en recourant généreusement au tournage en extérieur.


«Belphégor» citée dans un palmarès des critiques francophones: Les 50 meilleures séries TV de tous les temps


«Le Prisonnier», chef-d’œuvre et polémique

Et vient le 29 septembre 1967: la diffusion en Grande-Bretagne du premier épisode du Prisonnier. «Bonjour chez vous!» Les aventures du Numéro 6, espion démissionnaire et séquestré dans un mystérieux village, provoquent un choc durable. Auréolé du succès de Destination danger, Patrick McGoohan avait obtenu carte blanche d’un financier pour créer cette série unique, critique décapante des sociétés modernes, qui échappe à la Guerre froide en fustigeant à la fois le communisme et la démocratie occidentale.

Ce n’est pas le moindre paradoxe du Prisonnier d’avoir vanté la rébellion contre les pouvoirs établis tout en prônant un individualisme radical, loin des effusions communautaires du mouvement hippie naissant. Le feuilleton obtient un triomphe, avec parfois 11 millions de téléspectateurs dans son pays, et provoque le premier phénomène de masse autour d’une série TV.

La diffusion du dernier des 17 épisodes, «Le dénouement», suscite une polémique nationale. La presse se déchaîne, les spectateurs les plus assidus ne comprennent pas cette conclusion en queue de poisson. La crise est telle que Patrick McGoohan quitte le pays. Il se réfugiera un moment en Suisse, puis en Californie, où il a rêvé d’un long-métrage issu de la série, avec Mel Gibson en Numéro 6. Il décède en 2009. Cette année-là, une série remake avec Jim Caviezel, pas honteuse, fait office de variation. Mais le Village garde tous ses secrets.


Dossier
La saga des séries TV

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