Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Les inséparables Starsky et Hutch.
© ABC Photo Archives

Série d’été

La saga des séries TV: années 1970, beautés musclées et bas-fonds urbains

Femmes d’action et déchaînées, personnages masculins variés: dans notre chapitre 3 de l’histoire des séries, on parcourt une décennie 1970 qui consacre la diversité. Ainsi que l’avènement du réel citadin, parfois cru

En ces années 2010, les séries constituent le genre audiovisuel majeur partout dans le monde. «Le Temps» évoque la petite histoire des feuilletons en sept décennies.

Précédents épisodes: 

La femme fut l’avenir télévisuel de l’homme. Dans les années 70, les femmes dominent plusieurs séries. Une prise de pouvoir qui reflète bien les mutations sociales en cours. En 1976, voici Drôles de dames. Un homme, Charlie, dicte leurs missions, mais c’est ce trio de femmes déchaînées qui fait le travail. Sans doute inspirées de l’Anglaise Emma Peel, l’énergique héroïne de Chapeau melon et bottes de cuir, ces enquêtrices déterminées marqueront les mémoires. Leur série détourne les codes des films d’action en conférant le pouvoir, et les bastons, aux femmes, face à des hommes plutôt cruches. Dans un registre plus matrimonial et fortuné, L’amour du risque (1979-1984) montre un essai de couple kitsch et parfait, où l’épouse est même souvent plus futée que le mari.

Un hommage à Patrick Macnee à son décès en 2015: «Chapeau melon et bottes de cuir» perd son gentleman

En France, des femmes lumineuses

En France, sur un versant plus sentimental, La demoiselle d’Avignon, beau feuilleton en six épisodes diffusé en 1972, est irradié par le sourire de Marthe Keller. La princesse Koba et ses joies spontanées impressionnent un public nourri. Les grandes adaptations de l’œuvre d’Alexandre Dumas, dont La dame de Monsoreau, offrent aussi des rôles forts à des comédiennes.

L’île aux trente cercueils, elle, présente le personnage de Véronique d’Hergemont, une infirmière amenée sur une île par un mystère particulièrement épais. Inspiré d’une aventure d’Arsène Lupin brillante et opportuniste, le feuilleton s’effondre dans une deuxième partie théâtrale à l’excès. Mais les trois premiers épisodes offrent une réelle angoisse à l’héroïne, une figure originale, et à son public.

Columbo, homme du passé, inspecteur bien d’aujourd’hui

Les hommes ne se laissent pas oublier. Durant ces années 70, reflétant là aussi les soubresauts des modes et de la société, les figures masculines prennent des visages multiples. Le mâle classique et un brin obsessionnel, c’est Columbo, né en fait dans une pièce de théâtre en 1968. Ce faux feuilleton, puisqu’il s’agit de téléfilms isolés, consacre le genre du procedural, le feuilleton de procédure, dans lequel on suit l’application d’une méthode d’enquête par les héros.


Un montage: le «encore une chose» en VO.

Columbo inverse d’emblée le schéma en dévoilant le meurtrier au début, coup de génie dont on se demande s’il pourrait être reproduit aujourd’hui. Au demeurant, les auteurs prennent un malin plaisir à dévoiler la face cachée du luxe et de la célébrité. Les criminels sont des chefs d’orchestre connus, des écrivains en vue, des cinéastes fameux. Voilà une série TV impérissable, qui se moquait ouvertement d’Hollywood et ses collines cossues, comme si la fiction télévisuelle affirmait sa nouvelle puissance.

Une chronique en 2011: Columbo, un modèle de journaliste

«Starsky et Hutch» ou la buddy ambiguïté

La masculinité années 1970 s’aventure sur les terres de l’amitié ambiguë, comme celle de Starsky et Hutch (1975-1979). Le créateur William Blinn voulait rompre avec les figures de policiers austères et cravatés: «Ils se fondent parmi les voyous, ils ont l’air un peu hippies, sont excentriques», expliqua-t-il. La cool attitude gagne les séries policières. En même temps, Starsky et Hutch bâtit des personnages de machos qui draguent les jolies filles se présentant à eux, tout en entretenant un flou. «On nous appelait les homos du prime time», se souviendra Paul Michael Glaser, alias Starsky (cité dans le livre de Pierre Bannier et Philippe Lombard, Starsky & Hutch, Ed. Horizon illimité).

Au long de ses quatre saisons, la série renforce son caractère crypto-gay en basculant parfois dans l’esbroufe. Au point d’être censurée en France: un épisode de la dernière saison est ainsi modifié dans son doublage français, où les traducteurs gommeront toute allusion à l’homosexualité.

Retrouvez tous nos articles sur les séries TV.

Baretta, l’original solitaire

Lancée aussi en 1975, moins connue ici mais aussi percutante que Starsky et Hutch, Baretta brouille également les codes de la virilité. La série repose sur un solitaire qui discute volontiers avec son perroquet – ou son logeur. Pour mener à bien ses investigations, Baretta (magistral Robert Blake) recourt volontiers au costume ou au jeu de rôle, ce qui l’amène, dans un épisode hilarant, à incarner une grande folle.

Il est des figures plus légères, qui jouent davantage sur les contrastes culturels. En Grande-Bretagne, le tandem de charmeurs dandys anglo-américain d’Amicalement vôtre (The Persuaders) fait mouche. Les héros incarnés par Roger Moore et Tony Curtis connaîtront un beau succès malgré la brièveté de la série, qui ne compte que 24 épisodes, en 1971 et 1972.

A propos de l'édition en Blu-ray: La haute définition magnifie les séries TV du patrimoine

«Les têtes brûlées», mâles en l’air

Les mâles à la poitrine en tapis réagissent pourtant, avec Les têtes brûlées, de 1976 à 1978. Forte concentration de testostérone dans cette escouade de l’armée de l’air américaine dans le Pacifique en 1945, emmenée par Pappy Boyington.

Dans cette galerie humaine, il y a encore le mâle bourru, le cynique au cœur tendre. Kojak, donc. Qui, dès 1975, traîne sa dégaine dans les coins les moins reluisants de New York, pour 120 épisodes et quelques téléfilms.

Sur le petit écran, une noirceur urbaine

Gardant surtout le souvenir des péripéties, des courses poursuites et des séquences comiques, on a oublié la nouvelle dureté urbaine qui apparaît dans les séries américaines. Baretta ou Kojak traquent le crime dans un cadre sordide.

A ce titre aussi, Starsky et Hutch reste marquante. La série devait raconter les aventures d’un duo affecté aux heures de nuit. L’idée est abandonnée pour cause de coûts de production trop élevés dans le cas de tournages nocturnes, mais le caractère crépusculaire de cette fiction demeure. Les deux flics œuvrent dans les coins les plus laids de Los Angeles, affrontent des crapules qui transpirent et des petites frappes hautement minables. A revoir ces épisodes, on a l’impression que les réalisateurs participaient à un concours à qui aurait le décor urbain le plus hideux. C’est une forme de réalisme en extérieur qui apparaît ainsi.

Une diversité visible

Toujours outre-Atlantique, la sitcom, la comédie de situation, devient le bastion des minorités. Les télévisions se rendent compte de la diversité de leur audience potentielle, et en tiennent compte. De 1974 à 1979, Good Times raconte les malheurs ordinaires d’une famille noire, sans esquiver les références et allusions parfois grinçantes à la majorité blanche.

Après la profusion imaginative des années 1960, dominées par le psychédélisme britannique, les créateurs de TV de cette décennie compliquent le jeu et manient le paradoxe. Starsky et Hutch sont cools, leur indic Huggy Brown («les bons tuyaux») décline la panoplie soul. Invité en mai 2018 à Canneseries, l’acteur Antonio Fargas s’étonnait une fois encore de la présence de la série dans les mémoires: «Il est incroyable que l’on parle encore, quarante ans plus tard, de Starsky et Hutch, et du personnage de Huggy.»

Outre le caractère attachant des personnages, cette permanence de certains pans des années 1970 tient aussi au fait que le réel s’est rappelé à la fiction. Si les histoires restent linéaires, le propos des feuilletons TV devient un peu plus complexe, et plus relié au quotidien des villes. Premier signe de maturité.

Voir aussi notre vidéo: 


Dossier
La saga des séries TV

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps