Qui ? Emmanuelle Houdart

Titre: La Boîte à images

Thierry Magnier, dès 1 an (peut-être)

Un imagier d’Emmanuelle Houdart: c’est une sorte d’union très improbable, presque un oxymore! Car la Valaisanne d’origine – installée à Paris depuis belle lurette – n’est pas connue pour s’adresser à un public très jeune, ni pour entrer dans quelque moule que ce soit, ni pour proposer un univers simple et immédiatement lisible, comme l’est traditionnellement l’imagier.

Mais cela fait partie de ce renouvellement constant de la littérature pour la jeunesse d’aujourd’hui: chercher des formes inédites, ou métamorphoser «de l’intérieur» les anciennes. C’est bien là la démarche d’Emmanuelle Houdart, qui accommode ce classique enfantin à sa sauce… aigre-douce; mais comme ses précédents livres ne montraient ni fond ni décor, proposant toujours des dessins détourés sur le blanc de la page, on peut voir dans ce passage de l’album narratif à l’imagier une sorte de continuité.

L’illustratrice a créé un coffret de quatre très petits livres cartonnés (elle qui aime tant les grands formats), chacun ayant pour titre une onomatopée (MIAM!, ARGH!, GRRR!, AREUH!), et chacun parcourant une fraction d’univers enfantin: les choses qui se mangent, les choses qui font peur, les animaux, les événements de la vie du bébé.

Ou presque. Parce que bien entendu, ça n’est pas si simple. Ne comptez pas sur elle pour dessiner un bavoir, un ours et un canard jaune. Emmanuelle Houdart n’a de cesse d’offrir aux enfants des représentations complexes, souvent déroutantes, parfois inquiétantes; le monstrueux, le bizarre ayant toujours eu leur place dans ses livres, un imagier ne pouvait les ignorer!

Ainsi pour les bêtes: bienvenue les mouches et les scarabées, le ver dans la pomme, la sirène, l’autruche en bas résille. Dans MIAM! le coquetier tient une cuillère, on dirait qu’il vient de manger son œuf, une vache perd quelques gouttes de lait sur la tête d’un poisson dont il ne reste par ailleurs que les arêtes, les tasses et les puddings ont des visages… Les choses qui font peur méritent leurs noms et A REUH! navigue entre secret et poésie.

Animaux, personnages et objets vont par deux ou trois, ils sont en relation les uns avec les autres, et leur proximité signifiante appelle la réflexion ou juste la constatation: parfois ce sont leurs qualités qui les lient, parfois leurs couleurs, parfois un conte, une légende, parfois on ne sait pas. Et cela n’a aucune importance.

Une artiste offre des images, l’enfant les saisit avec leur part de mystère et d’évocation.