Antonio Gnoli et Franco Volpi. L.S.D.. Entretiens avec Albert Hofmann. Trad. de René de Ceccaty. Manuels Payot, 120 p.

Pendant la guerre, Albert Hofmann, qui travaille pour le laboratoire Sandoz à Bâle, cherche dans des plantes utilisées depuis l'Antiquité pour leurs vertus une substance cardiotonique. En 1943, par hasard, il produit de l'acide lysergique, le fameux L.S.D. dont il expérimente les effets. Quelque soixante ans après cette expérience bouleversante, le chimiste s'entretient avec Antonio Gnoli, journaliste à La Repubblica, et Franco Volpi, professeur de philosophie à Padoue. Au cours de ces conversations, Albert Hofmann revient sur les espoirs placés dans la substance psychédélique supposée faciliter la ré-émergence du refoulé. La CIA s'y intéressa aussi, dans le but d'altérer le comportement de l'ennemi pendant la guerre du Vietnam, mais sans succès.

En fait, le L.S.D. connut sa grande vogue dans les années 60 comme «drogue de plaisir», dans la foulée d'Aldous Huxley qui avait révélé le potentiel des hallucinogènes, la mescaline surtout, dans Les Portes de la perception (1954). Dans son refuge de la Rittimatte près de Bâle, le chercheur bâlois se souvient de Timothy Leary, ce professeur de Harvard qui croyait à la rédemption du monde par les effets pacificateurs de la drogue. Le L.S.D., qui circulait alors librement et à bas prix, est lié à toute l'histoire des mouvements de contestation aux Etats-Unis, mais aussi à la musique, à l'art et à la littérature – avec William Burroughs et Allen Ginsberg – jusqu'à son interdiction en 1967.

Albert Hofmann, lui, mena ses expériences de manière moins provocante en compagnie de son ami Ernst Jünger, à qui le liait une curiosité toujours en alerte. Il savait que l'usage de l'acide n'est pas sans danger pour les psychismes fragiles et se méfiait des élans mystiques qu'il a engendrés. Au soir de sa vie (il est né en 1906), il apparaît comme un sage, préoccupé surtout d'écologie. Du haut de son petit paradis, son regard surplombe les usines de la chimie bâloise. Il appelle «au réveil d'une nouvelle conscience devant la merveille qu'est la nature» et se désole de constater «le développement unilatéral de la pensée scientifique en direction de la technique» car «nous ne sommes rien d'autre qu'une petite manifestation d'un tout qui est à la fois nature et esprit».