La sainte Famille reste à Fribourg

Beaux-arts Le tableau de Hans Fries a pu être acheté grâce au mécénat

Il restera donc au Musée d’art et d’histoire

Le Musée d’art et d’histoire de Fribourg vient d’acquérir une petite peinture sur bois de tilleul réalisée vers 1505, d’une valeur d’un million d’euros. Voilà à peine moins de deux ans, nous vous contions l’étonnant voyage de cette Vierge à l’Enfant avec saint Joseph réalisée vers 1505 par Hans Fries, passée par Berne, Londres, Cape Town peut-être, avant Paris et Madrid. Elle avait été prêtée au Musée d’art et d’histoire de Fribourg par ses propriétaires, une famille de collectionneurs et marchands madrilènes, chez qui elle avait été retrouvée après avoir disparu pendant un siècle.

La directrice du musée, Verena Villiger, rêvait de pouvoir garder ce bijou, témoin d’une époque opulente et d’une incroyable richesse créative. Hans Fries, fils d’un boulanger fribourgeois, né vers 1465, est le plus grand artiste que la ville ait jamais connu. Mais le prix demandé, un million d’euros, représentait à peu près dix fois le budget annuel d’acquisition du musée.

Déjà, en cet automne 2012, Verena Villiger avait commencé à prendre des contacts pour obtenir des fonds privés. Elle n’a eu de cesse de continuer, même si, reconnaît-elle, elle a eu des moments de doute. Une levée de fonds publics a été envisagée, mais la tradition est encore plus ténue que celle du mécénat culturel dans la région. Il aurait fallu déployer des moyens de communication disproportionnés pour faire appel au porte-monnaie des citoyens. Négocier encore le prix? Les propriétaires avaient déjà accepté de le baisser à 900 000 euros, ce qui leur vaut d’être remerciés sur la plaque qui accompagne désormais le tableau, au même titre que les autres donateurs.

Parmi ceux-ci, on trouve en premier lieu la Loterie Romande et nombre de fondations, cantonales ou extra-cantonales, mais aussi l’Etablissement cantonal d’assurance des bâtiments, quelques entreprises. Tout un réseau qui restera sans doute intéressant au-delà de cet achat. Des particuliers ont aussi donné, plus discrètement, sans même toujours avoir été sollicités. «Un homme d’affaires que je ne connaissais pas m’a appelée assez rapidement. Nous avons eu un an de contacts. Il a apporté une grosse somme.»

La Société des amis du musée et la fondation qui avait été mise sur pied pour son extension ont apporté leur part. Pendant deux ans, le budget d’acquisition du musée a aussi entièrement servi à cet achat. Aucun budget spécifique de la part de l’Etat, donc. «Nous avons seulement dû répondre à une question d’un député UDC dans le cadre de la Commission des finances et de gestion du Grand Conseil», explique Philippe Trinchan, chef du Service de la culture du canton.

Mais selon lui, il a été aisé de convaincre du bien-fondé de l’achat. «Si un million de francs pour quelques centimètres carrés, cela peut paraître énorme, l’œuvre a aussi une valeur patrimoniale importante pour Fribourg et une valeur d’attraction pour son musée.» Par ailleurs, dans le contexte économique difficile, l’appel à des fonds privés ne pouvait qu’être encouragé par les autorités politiques.

Maintenant qu’elle a fait ses preuves comme chercheuse de fonds, Verena Villiger se réjouit de revenir à ses qualifications premières, l’histoire de l’art: «J’ai quelques pistes qui me donnent envie de mieux étudier le tableau. Je souhaite l’analyser aux infrarouges pour découvrir les dessins cachés sous la peinture.» Elle rappelle que Hans Fries a peint sa Vierge à peu près au moment où Léonard de Vinci peignait la Joconde. «En exergue de l’édition de 1521 de son traité sur la perspective, Jean Pèlerin nomme Il Perugino, Hans Fries et Léonard comme les peintres les plus importants de l’époque.»

Des particuliers ont aussi donné, plus discrètement, sans même toujours avoir été sollicités