THéâTRE

Saint-Gervais sait quoi faire

Une fois de plus, le Théâtre Saint-Gervais présente un spectacle enthousiasmant sur les années 70 et son courant libertaire. «Que faire?» A voir de toute urgence!

Emporté par l’élan libertaire des années 70, le Théâtre Saint-Gervais poursuit sa chevauchée fantastique en matière de spectacles enthousiasmants. Après les excellents Foucault 71 et La Loi du marcheur, la saison dernière; Z. Forfait illimité et Tout ce qui reste de la révolution, c’est Simon, au début de cette saison, Que faire? (Le retour), ces jours, est à nouveau une proposition immanquable sur la notion de mobilisation. Dans une cuisine remplie de livres, un couple vieillissant mais enflammé choisit ce qu’il faut garder ou jeter dans l’histoire de l’art et des idées. Le tri mené à pas de géant est hilarant et diablement intelligent. A Genève jusqu’à demain, à Renens en mars, à La Chaux-de-Fonds en avril.

Pour l’avoir apprécié sous les directions de Jean-Louis Hourdin, Matthias Langhoff et Irène Bonnaud (spectaculaire dans Tracteur à Vidy en 2003), on connaît mieux François Chattot que Martine Schambacher. Et pourtant, la très dynamique comédienne, sorte de double d’Annie Fratellini, a fait ses classes au Théâtre de Carouge, à Genève, avant d’aller étudier à la célèbre école du Théâtre national de Strasbourg. On revendique volontiers cette perle locale qui ose déborder pour mieux cerner. Quelle énergie! Quelle liberté!

Les jeunes comédiens doivent courir voir ce couple de grimpeurs qui passe par les voies escarpées de la pensée en sifflotant tels des promeneurs. Tout au long de cette randonnée, écrite et balisée en 2010 par Jean-Charles Massera et Benoît Lambert, on rit alors qu’on devrait pleurer, car ce qui se raconte est tragique: les drôles montrent comment le paysage a perdu ses couleurs de 68 en perdant cette subjectivité collective qui permettait de se réinventer à chaque instant et de dépasser la logique du fric.

Pour arriver à ce final où chaque mot sonne comme un appel à résister, les deux comédiens multiplient le tri. La Révolution française, la révolution russe, la peinture abstraite, Nietzsche, Marx, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, Joseph Beuys sont autant de sujets discutés sans peser. Des moments d’anthologie aussi? Oui, la recette alphabétique et Nina Hagen telle qu’en 78, purs joyaux de drôlerie ou encore «Les gens qui doutent», titre poignant d’Anne Sylvestre chanté à la bougie. Débattre sans oublier de s’ébattre: rarement pensée est autant mouvement. Que faire? (Le retour), Théâtre Saint-Gervais, Genève, jusqu’au 27 fév. www.saintgervais.ch. A Kléber-Méleau, à Renens, du 5 au 10 mars, www.kleber-meleau.ch. A Arc-en-Scènes, La Chaux-de-Fonds, les 24-25 avril, www.tpr.ch

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