Scènes

A Saint-Gervais, Sandrine Kuster célèbre la rébellion

La nouvelle directrice invite des agitateurs dans sa première saison genevoise

Marion Duval, Laetitia Dosch, Anna Lemonaki, Latifa Djerbi ou encore Agnés Mateus, Catalane remontée contre le mal fait aux femmes. Il suffit de lister les noms à l’affiche de sa première saison pour constater que Sandrine Kuster, nouvelle directrice du Théâtre Saint-Gervais, poursuit la lecture du monde, à la fois joyeuse et critique, dont elle a fait sa marque de fabrique à l’Arsenic. Chacun, chacune des artistes convoqués à son premier menu genevois considère la scène comme un chaudron où les idées et les actes bouillonnent pour le meilleur de la sédition. Et ce ne sont pas Aurélien Patouillard, Guillaume Béguin, Karim Bel Kacem ou Joël Maillard, présents eux aussi dans cette fête du sens, qui refuseront ce principe de rébellion.

L’après Philippe Macasdar

Philippe Macasdar. L’homme est une institution. Mais une institution en mouvement, secouée qui, en vingt-cinq ans de direction du Théâtre Saint-Gervais, a permis l’affirmation d’esthétiques allumées (Oscar Gomez Mata), de positionnements politiques musclés (Rodrigo Garcia, Michel Deutsch), de joutes politico-érotiques élevées (André Steiger) et d’un théâtre diablement adressé (TG Stan). Ce n’est pas tout, mais c’est déjà beaucoup. Nous y reviendrons.

Pas facile, dès lors, pour Sandrine Kuster de reprendre les rênes de la maison? Même pas. Car, déjà, la jeune quinquagénaire a grandi dans les murs en travaillant pour La Bâtie, festival ami. Surtout, la nouvelle directrice est comme sortie de la cuisse de Jupiter, tant le lien entre elle et Philippe Macasdar relève de l’apostrophe fille-père.

Lutter contre les a priori

Mais gare aux prisons patriarcales! Sandrine Kuster n’est née que d’elle-même et propose une saison sans ambiguïté, côté conscience au travail, esthétiques affranchies et féminisme éclairé. Le leitmotiv de cette première affiche? Brouiller les frontières et documenter les mutations, comme pour dire: puisque rien n’est jamais acquis, pourquoi avoir des a priori?

Avec Séries, créé à l’Arsenic, Audrey Cavelius parle du corps qui devient plante ou pierre, avec Titre à jamais provisoire, Guillaume Béguin parle de l’humain qui devient animal. Dans Hulul, Aurélien Patouillard et Marion Duval mêlent le «il» et le «elle» tout comme l’a toujours fait Jonathan Capdevielle – à Saint-Gervais, il présente Adieu.

Paroles littéraires

Brouillage de pistes encore avec l’inclassable Renée Van Trier – touareg punk, dit-on – et les deux déconstructions de Feydeau. Un auteur réputé bourgeois dont, après Alain Françon, la nouvelle vague adore scanner la cruauté. Dans cette fête feydaldienne, Sophie Perez et Xavier Boussiron purgeront bébé, tandis que Julie Cloux et Matteo Zimmermann se promèneront tout nus. Et le minimalisme? Il a aussi sa place à Saint-Gervais avec des paroles littéraires libérées en scène. Après Vidy, Emilie Charriot sera la passeuse de Passion simple, d’Annie Ernaux, tandis qu’après l’Arsenic, le plus baroque Yves-Noël Genod donnera sa version de la Recherche, de Proust. Le solo ébouriffe. Comme le reste de la saison de la nouvelle âme de la maison.


Théâtre Saint-Gervais, Genève.

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