Voyage

Saint-Nazaire, «ville chantier»

La cité ouvrière construit les plus grands paquebots du monde. Elle allie douceur du climat et gastronomie bretonne

Saint-Nazaire a mauvaise réputation chez ses voisins. Elle n’aurait rien à offrir aux touristes. Celui qui s’y aventure sera agréablement surpris. Généralement, on ne connaît d’elle que son chantier naval. C’est dans ses cales que sont nés les plus beaux paquebots du monde, «Le Normandie» en 1932, «Le France» en 1960… Aujourd’hui, le chantier est redevenu numéro un dans le créneau des grands navires de croisière. On construit beaucoup, à Saint-Nazaire: des villes flottantes, des avions Airbus, et même des camions de pompiers (une autre spécialité locale, avis aux amateurs!).

Après la visite guidée des quelque 150 hectares du chantier STX, organisée en car par l’office du tourisme, on peut commencer à s’intéresser à la ville elle-même. Avec ses 70 000 habitants, elle est à taille humaine. Elle se visite à pied ou à vélo (loué chez l’habitant).

En 1880, elle compte 15 000 habitants, on la décrit alors comme la «petite Californie bretonne»…

Apparemment calme, elle a pourtant été plusieurs fois bouleversée par l’histoire. En 1850, Saint-Nazaire n’était encore qu’un village de 800 habitants. Elle doit son développement aux transatlantiques. Elle devient, dès 1862, le point de départ des lignes maritimes françaises pour l’Amérique centrale. En 1880, elle compte 15 000 habitants, on la décrit alors comme la «petite Californie bretonne»… Napoléon III la rêve en cité haussmannienne. Saint-Nazaire est alors un point de passage entre l’Europe et l’Amérique latine, le nom de ses rues en témoigne (avenue de la Havane, avenue de Vera-Cruz…).

Base sous-marine

Ce qui marque d’emblée, dans son paysage, c’est la base sous-marine, immense et énigmatique bloc de béton noir construit dans le port. C’est dans cette forteresse que l’armée allemande s’est retranchée en 1945. La base imprenable vaut à la ville un long siège et de durs bombardements, qui la détruisent à 85%. Si Berlin capitule le 2 mai 1945, la ville de l’embouchure de la Loire est la dernière à être libérée d’Europe, le 11 mai 1945… La base aura résisté à tout, grâce à son toit composé d’un feuilletage de dalles de béton de près de 6 mètres d’épaisseur…

Il faut déambuler dans ses alvéoles gigantesques, qui servaient de base pour les sous-marins de la Kriegsmarine. Après la guerre, des élus avaient projeté sa démolition, mais cette dernière aurait coûté trop cher. Tant mieux. La base fait partie intégrante de l’histoire et de l’image de la ville. Sur son toit, le visiteur médite dans un jardin de béton. Dans les anciennes chambres d’explosion des obus (un dispositif qui avait pour but de la rendre indestructible), le paysagiste Gilles Clément a installé le «Jardin du Tiers-Paysage»: quelque 107 peupliers ainsi que des plantations de graminées.

Autre création contemporaine, la «Suite de triangles», du Suisse Felice Varini, est une anamorphose peinte sur la ville, qui s’admire depuis un point précis de la terrasse panoramique de la base. Une œuvre qui ne se donne pas à lire d’emblée, à l’image de Saint-Nazaire…

La base abrite le sous-marin français «Espadon», lancé en 1958 et témoin de la Guerre froide. Long de près de 78 mètres, il ressemble à un cétacé endormi dans l’eau noire. Sa visite donne une idée de ce que pouvait être la vie à bord de ce genre de navire (62 membres d’équipage pouvaient s’y entasser durant 90 jours). On visitera aussi le Life et le Vip, deux espaces qui proposent expositions d’art contemporain et concerts. Enfin, les 3500 m2 du musée Escal’Atlantic font embarquer le visiteur dans les paquebots d’antan, de la première à la troisième classe, grâce à une scénographie spectaculaire. On y admire 200 meubles et objets, dont beaucoup de style Art déco.

Crêpes et cidre

Alors que sa voisine Nantes a effectué sa mue culturelle, devenant touristiquement très attractive, Saint-Nazaire, plus secrète, a heureusement gardé son âme populaire et industrielle. Ici, le climat est doux et les palmiers prospèrent. Mais la galerne, grand vent du nord-ouest, fera voler votre parapluie en cas de mauvais temps. Préférez un ciré pour admirer les tempêtes, qui sont de véritables spectacles. Le reste du temps, la vie est calme; les Nazairiens discrets et réservés. Près des chantiers, de nombreux bistros conviviaux accueillent les ouvriers en bleu de travail. Pour manger, allez faire un tour du côté de La Marée monte, branché mais pas trop, pour un magret de canard et un verre de muscadet. Pour le côté régional, dans le vieux port, Le Nazaire est l’adresse qu’il vous faut, avec ses succulentes crêpes de sarrasin et de froment. A arroser de cidre brut, servi dans des tasses à thé.

Saint-Nazaire se trouve entre la Vendée et la Bretagne, deux régions productrices d’huîtres. On y trouve également crabes et langoustines en abondance, ainsi que des anguilles pêchées dans les marais. Côté dessert, des spécialités bretonnes, le far ou le kouign-amann (qui allie pâte à pain, sucre et beurre). Pour certains, Saint-Nazaire fait toujours partie de la Bretagne, et non des Pays de la Loire…

Le style Tati

L’après-guerre a vu un boom de la reconstruction. Aujourd’hui, après un temps de purgatoire, le style architectural décrié des années 50 et 60 est revalorisé. La beauté des courbes voûtées de la halle du marché en témoigne. Tout près, l’espace Le Garage occupe un ancien garage automobile, dont la façade et le style rétro ont été conservés. Ouvert l’an passé, il regroupe modistes, studios photo et magasin de vinyles (ne manquez pas les sacs en cuir réversibles de la marque FFIL, par la créatrice Claire Batardière). Pour poursuivre cette plongée dans les années 50, suivez les 7 kilomètres du sauvage chemin des Douaniers, qui longe l’océan. Sur la plage de Saint-Marc, vous vous retrouverez dans un film de Jacques Tati. C’est ici que le cinéaste et acteur français a tourné «Les Vacances de Monsieur Hulot» en 1951. Une statue de son personnage (dont la pipe est régulièrement volée par les fans) en témoigne. La façade de l’Hôtel de la Plage, elle non plus, n’a pas changé. Un bon point de chute.

En ville, la salle de cinéma d’art et d’essai Le Tati animera vos soirées. A moins que vous ne vous rendiez à la salle des fêtes de la Soucoupe, bâtiment futuriste de 1970, pour un match de boxe, dont les Nazairiens sont friands. A Saint-Nazaire, on aime aussi le rugby, le vélo et le théâtre. Culte du corps et arts vivants sont aussi un héritage du passé ouvrier.


Les adresses

Y dormir

Pêcherie hôtel
Une cabane de pêcheur bâtie sur l’eau, pour une nuit bercée par le bruit des vagues.
www.lapecherie.info

La Compagnie des 5 Mondes, studios et chambres d’hôtes de caractère, dans le quartier de Penhoët. www.lacompagniedes5mondes.fr

Y manger

Au Pré Vert
Tea-room et petite restauration, dans une librairie qui fait aussi office d’épicerie fine. 30, rue du Maine, http://auprevert.blogspot.ch

Le Nazaire
9, avenue de la Vieille-Ville.

A voir

Le chantier naval STX. Se visite sur réservation: www.saint-nazaire-tourisme.com

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