Festival

A Saint-Ursanne, les joies de la sonate

Niché au cœur du village médiéval jurassien, le festival Piano à Saint-Ursanne fête cette année ses 15 ans. Une édition anniversaire, du 2 au 12 août, dédiée à la sonate, cette forme musicale qu’affectionnait tant Beethoven

Il suffit d’évoquer la Sonate clair de lune pour que résonne dans notre esprit le roulis mélancolique de ce classique de Beethoven. Composée en 1802 et surnommée ainsi par le poète allemand Ludwig Rellstab, qui aimait y voir l’image d’une «barque au clair de lune sur le lac des Quatre-Cantons», l’œuvre n’est qu’un exemple parmi la trentaine de sonates pour piano signées de la main du compositeur allemand, qui en était friand.

Bien que le terme reste discuté, la sonate fait en général référence à une pièce instrumentale pour soliste ou petit ensemble, constituée en cycle. La partition enchaîne un thème, son développement et sa réexposition, tout en alternant les mouvements vifs et lents.

A l’image de Beethoven, Vincent Baume, fondateur du festival jurassien Piano à Saint-Ursanne, est tombé sous le charme de la sonate. Au point d’en faire le fil rouge de cette 15e édition anniversaire de la manifestation. «C’est un thème fédérateur qui nous permettait de traverser l’histoire pour proposer de grandes sonates du répertoire, souligne-t-il. La sonate est également extrêmement diverse, car les compositeurs, malicieux, se sont amusés à en faire exploser la forme.»

Sonate helvétique

Car si Beethoven a offert ses lettres de noblesse à la sonate, de nombreux compositeurs se sont frottés à l’exercice. Distillant douze concerts sur dix jours, le festival, niché dans l’élégant cloître de Saint-Ursanne, à quelques encablures de Porrentruy, en profite pour inviter les pianistes à explorer toutes les facettes du genre.

Ainsi, le jeune prodige américain Andrew Tyson interprétera la Sonate pour piano d’Alban Berg, composée d’un unique mouvement et teintée de chromatismes. Grand habitué du festival, le Français Michel Dalberto proposera, entre autres, la Sonatine de Ravel, qui doit son nom à sa courte durée (treize minutes). Quant à l’invité spécial de cette édition, Philippe Bianconi, il présentera la Sonate no 20 en la majeur de Schubert, l’une des dernières partitions du compositeur, qui deviendra la bande-son de plusieurs films.

Outre les incontournables, les festivaliers pourront découvrir une sonate inédite… et helvétique. «La création me tient à cœur, raison pour laquelle je souhaite effectuer une commande chaque année», souligne Vincent Baume. Cette fois, le directeur a sollicité le pianiste et compositeur délémontois Vincent Bouduban, qui livre sa Sonate d’automne pour piano à quatre mains. Celle-ci se verra interprétée par ses dédicataires, le duo franco-suisse Dana Ciocarlie et Christiane Baume-Sanglard, lors du concert de gala le dimanche 12 août.

Musique et architecture

Bijou romano-gothique du XIVe siècle, le cloître de Saint-Ursanne offre à cette farandole de sonates un écrin des plus paisibles. «En entrant, on éprouve un sentiment de tranquillité, relève Vincent Baume. C’est un lieu inspirant, pour les musiciens comme pour le public. Et la pierre des voûtes sous lesquelles se déroulent les concerts crée une acoustique particulière.»

Et puisque à Saint-Ursanne, musique et paysage dialoguent constamment, le festival pousse plus loin la réflexion en proposant une balade culturelle au cœur de la cité médiévale. Histoire de bâtir des ponts entre la ville et la sonate, architecture musicale à part entière.


Piano à Saint-Ursanne. Cloître. Du 2 au 12 août.

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