Un été d’écrivains poiur faire réfléchir

«Qui sait, Dieu apparaîtra enfin»

Responsable des pages Livre du «Temps» jusqu’en 2006, Isabelle Martin est décédée au mois de mai. Quelques semaines avant son décès, elle nous a fait parvenir ses chroniques, comme chaque été

16 août 1963

Gustave Roud décrit avec joie sa sortie du bois des Combes: «Il me semble que j’arrive au milieu d’une assemblée heureuse, tout occupée à boire la lumière du matin, le soleil d’août offusqué de temps à autre par des nuages légers. Sentiment d’être accueilli, on me permet de goûter ce silencieux bonheur végétal.»

17 août 1978

Dans ses Carnets, Albert Cohen se livre à des méditations obsessionnelles: amour pour sa mère, amitié d’enfance pour Marcel Pagnol, femmes épousées, prière à un Dieu muet… «Je veux écrire encore et m’adresser à mes frères humains, pendant qu’il est temps. Et puis, qui sait, Dieu apparaîtra enfin, et je saurai qu’il y a un but et une raison et une merveilleuse vérité.»

19 août 1961

Philippe Jaccottet pose à Gustave Roud, sur la traduction revue des Canti un problème moral délicat: «La poésie de Leopardi a quelques moments d’une musicalité vraiment magique qui le met au rang des plus grands (musicalité trop assourdie par Georges Nicole). Aussi me paraît-il plus simple de vous soumettre ci-joint des exemples de retouches, et de vous laisser juge (mais sévère juge, s’il vous plaît). Si vous trouvez que le gain est nul, ou pas assez grand pour justifier la retouche, dites-le moi.»

20 août 1998

Parlant de la biographie de Laure Adler sur Marguerite Duras, Philippe Sollers est d’un jugement plutôt dur: «Les livres de Duras vieillissent mal, comme ses films. Trop de toc incantatoire, gourouterie, hypnose, Hare Krishna. On dirait du faux chinois.»

21 août 1957

Après avoir admiré les romans et le merveilleux journal de Virginia Woolf, Sylvia Plath est sensible à un autre auteur – comme au temps variable: «Temps lourd, étouffant. Ciel d’une intense luminosité blanche. Je suis prise dans le compte à rebours des six derniers jours ici. Une fin et un début. Passion pour Henry James, dont j’aime tellement La Bête dans la jungle que cela m’enlève l’appréhension de mon travail: je pense sans arrêt à la manière dont présenter cette œuvre à une classe.»

Responsable des pages Livres du «Temps» jusqu’en 2006, Isabelle Martin est décédée au mois de mai dernier. Quelques semaines avant son décès, elle nous a fait parvenir ses chroniques, comme chaque été.

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