Une entrée en scène, une révérence et c’est déjà l’heure du salut. L’homme de radio Patrick Ferla a annoncé jeudi qu’il renonçait à présider le Salon international du livre de Genève. Il aura tenu une édition, même pas le temps de faire entendre sa différence. Est-ce parce que son métier a longtemps été de collecter la confidence, à l’époque où il recevait chaque matin une personnalité au micro de son Petit Déjeuner? Il a voulu renouveler le Salon, c’était son ambition, son crime pour certains, faire de cette foire un théâtre culturel, aussi. Il a demandé à des auteurs de lire, mezza-voce, leurs romans, à des acteurs de débrider des textes devant des cénacles aimants. A-t-il échoué? Personne ne l’affirmera. L’assistance a chuté, de 98 000 en 2010 à 84 000 visiteurs en 2011. Mais les dates – pendant les vacances de Pâques – n’étaient pas propices au pèlerinage à Palexpo.

A Port-au-Prince, il y a quelques jours à peine, un autre salon du livre s’est déroulé, sous un soleil du diable. Notre journaliste Arnaud Robert a raconté (lire LT du 30.06.2011) cette cohue où l’écrit est un trésor partagé: des milliers d’Haïtiens font la queue, plusieurs heures parfois, pour payer un livre; des essaims de lecteurs s’improvisent écrivains. Le livre, là-bas, n’est pas seulement une fête, mais une aubaine de tous les soirs, un salut du matin. Le traité d’agronomie, le poème, le roman ont le pouvoir d’éclipser les fatalités.

Genève n’est pas Port-au-Prince. Mais le Salon des écritures, comme ils l’appellent en Haïti, dessine un idéal de rencontre entre un lecteur et un livre. C’est ce lien, nécessaire et intime, que Patrick Ferla a cherché à réinventer ici. Que les esprits d’Haïti inspirent son successeur.