Plusieurs nouveautés seront à l’œuvre lors du prochain Salon du livre de Genève qui aura lieu du 1er au 5 mai à Palexpo. Il s’agit tout d’abord du premier salon de l’ère post-Isabelle Falconnier. Durant sept ans, la journaliste a présidé ce qui demeure toujours l’unique salon d’éditeurs de Suisse, avec Adeline Beaux, à la direction. Le tandem a œuvré à la mue du salon fondé en 1987 par l’éditeur Pierre-Marcel Favre. A la suite de l’échec de la votation sur le prix unique du livre en 2012, et à l’enquête de la Comco sur les pratiques commerciales des importateurs de livres, la plupart des importateurs-diffuseurs, qui constituaient le gros des exposants du salon, ont quitté le navire dès l’édition de 2013. Le salon avait dû se réinventer en festival littéraire.

«Briser la mer gelée»

Cette formule qui a vu le développement des scènes thématiques (en plus du Salon africain, sont apparues la Scène suisse (littérature helvétique), les Scènes voyage, BD, etc.) est reprise cette année mais accommodée par le nouveau duo à la tête de la manifestation, Laurence Brenner, directrice, et Nine Simon, programmatrice. La fonction de président(e) est abandonnée mais remplacée par deux écrivains présidents d’honneur, cette année Lydie Salvayre et Eric Fottorino.

Celles et ceux qui ont déjà assisté à des rencontres avec l’autrice de Pas pleurer (Prix Goncourt 2014) ou de Portrait de l’écrivain en animal domestique (2007) connaissent la ferveur pour le livre et la lecture qu’elle sait transmettre au public. Présente mercredi à la conférence de presse, elle a, en quelques mots, donné la couleur de la matinée: «Je n’oublie jamais les mots de Kafka pour qui un livre doit être comme la hache qui brise la mer gelée en nous, toutes les mers gelées.» Avec Eric Fottorino, écrivain – ancien rédacteur en chef du Monde, fondateur de l’hebdomadaire Le 1, de la revue America et plus récemment de Zadig –, elle participera à de nombreuses rencontres durant les cinq jours du salon.

Hors-les-murs

Nouveauté encore pour cette 33e édition, le salon organise une vingtaine d’événements hors les murs de Palexpo, en ville de Genève et côté France, à Ferney-Voltaire, notamment: les écrivains se rendront en librairie, en bibliothèque, sur le lac, au cinéma, etc. Pour Laurence Brenner, ces incursions sont des moyens de «resserrer les liens avec les acteurs du livre qui travaillent toute l’année à la promotion de la lecture». Claude Membrez, directeur de Palexpo, ajoute qu’il s’agit aussi d’aller au-devant du public et de ne pas uniquement attendre qu’il se déplace.

Wallonie-Bruxelles

La Belgique, ou plus précisément la Fédération de Wallonie-Bruxelles, invitée d’honneur de ce Salon, arrivera avec une quarantaine d’auteurs de littérature générale, jeunesse, BD et sciences humaines. Quarante maisons d’édition feront aussi le déplacement: «De nombreux auteurs belges sont édités par des maisons françaises. Les éditeurs belges ont parfois du mal à faire connaître leurs catalogues au public francophone. Leur présence au Salon de Genève est importante pour mettre leur travail en lumière», souligne Silvie Philippart de Foy, l’une des coordinatrices de cette présence belge.

Parmi les nombreux auteurs présents, toutes scènes confondues, signalons la présence de Maryse Condé, célébrée notamment pour Ségou, grand roman sur la lente agonie de la société bambara en Afrique de l’Ouest. Jean-Christophe Rufin (Rouge Brésil), Mathias Enard (Prix Goncourt 2015 pour Boussole), Sarah Chiche (Les enténébrés), Douna Loup (Déployer), Gabriella Zalapi (Antonia. Journal 1965-1966), Boualem Sansal (2084. La fin du monde), Adeline Dieudonné (La vraie vie) ou encore Capucine et Simon Johannin, couple dans la vie et dans l’écriture, qui signe Nino dans la nuit.

Plusieurs prix sont traditionnellement remis durant le salon comme le Prix du public du Salon du livre, le Prix Kourouma, du nom de l’auteur ivoirien Ahmadou Kourouma (lire ci-contre), le Prix RTS Littérature Ados ou encore le Prix Enfantaisie.


Salon du livre de Genève, du 1er au 5 mai. Palexpo et autres lieux. 


Les primés: David Diop et Murielle Magellan

Un grand nombre de prix littéraires sont remis lors du Salon du livre de Genève. Les lauréats du Prix Kourouma et du Prix du public ont été révélés mercredi. Le Prix Kourouma est l’un des prix phares remis pendant le Salon du livre de Genève. Créé en 2004, il porte le nom du grand auteur ivoirien Ahmadou Kourouma (Les soleils des indépendances, En attendant le vote des bêtes sauvages) mort en 2003. Le prix récompense chaque année un ouvrage de fiction ou un essai consacré à l’Afrique.

Le lauréat 2019 est David Diop pour Frère d’âme (Prix Goncourt des lycéens 2018), un roman couleur rouge sang, tout entier dans la voix du narrateur, un tirailleur sénégalais engagé dans les tranchées pendant la guerre de 14-18, que l’on suit jusqu’au basculement dans la folie.

Murielle Magellan reçoit le Prix du public du Salon du livre pour son roman Changer le sens des rivières. Le jury, constitué de neuf jurés-lecteurs, a choisi parmi 10 titres dont Antonia de Gabriella Zalapi, Le cartographe des Indes boréales d’Olivier Truc ou Les métèques de Denis Lachaud. Changer le sens des rivières, roman d’apprentissage, suit l’évolution de Marie, 20 ans, qui n’a pas pu suivre d’études, ni voir au-delà de sa ville du Havre. Une rencontre avec un garçon d’un autre milieu aura l’effet d’un détonateur. L.K.