Le Salon de Mars, qui s'ouvre au public ce samedi, aurait-il réussi l'œuvre d'art totale que rêvent les esthètes? A sa manière, en tout cas, cette manifestation rassemble dans l'harmonie un peu plus d'une centaine de galeries aussi bien d'art que de livres anciens et modernes, de joaillerie ou de mobilier. L'éclectisme peut faire craindre des télescopages. Mais ici, beaucoup se résolvent par l'exigence de qualité, credo des organisateurs, Viviane Jutheau de Witt et Daniel Gervis; et pas mal par l'atmosphère. L'espace est vaste, les allées fleuries, la hauteur de plafond donne une respiration, et la palette du décor dans les beiges et les gris clairs engendre une quiétude bénéfique. Même l'odeur des boiseries (Sté Joël Féau & Cie, stand D14) distille une ambiance ensoleillée. Et les chocs se font avec élégance, quand chez Entwistle (Londres) les lignes graciles d'un appuie-tête Dinka ou d'une effigie masculine indonésienne sont confrontées aux œuvres contemporaines de Jason Brooks, peintures en noir blanc, quasi photographiques, de fleurs élancées. Restent que les beaux-arts célèbrent surtout les modernes classiques. Avec des pièces d'exception, comme ce Portrait de Mme Phillips (1953) de Dali, proposé par Patrice Trigano (Paris). Telle La sœur de l'artiste, peinte par Picasso lorsqu'il a 18 ans et accrochée, chez Jan Krugier, Ditesheim & Cie (Genève), parmi d'autres pièces émouvantes du peintre espagnol. Ou ces autoportraits de Matisse, ce dessin de Van Gogh inspiré par Holbein et la délicate esquisse de Tamara Leibowitz par Balthus, réunis sur un pan de mur, chez LS Art Curators; préfiguration de ce qu'ils montreront avec la complicité de Marc Blondeau (Paris), dès l'automne dans leurs espaces proches du Musée d'art moderne de Genève. Mais la peinture n'est pas tout. Chez Ruppert Wace (Londres), l'art antique débute avec les silex du paléolithique. Et cette seconde édition genevoise s'étoffe de nouvelles disciplines, telles que l'art d'Extrême-Orient, l'Art déco et les céramiques anciennes. Ce qui vaut au spectateur ce décor panoramique en papier peint créé en 1815 et illustrant La Grande Helvétie et ses paysages idylliques, présenté par Thierry Sebline (Sussex). Ou permet au visiteur d'admirer les courbes parfaites de telle lampe funéraire chinoise en forme de paon, proposée par Oriental Bron-zes/Christian Deydier (Londres et Paris). Un tour du monde en raccourci, qui réconcilie avec les entreprises humaines.

Salon de Mars. Palexpo (halle 2, Grand-Saconnex, Genève). Sa 31 mars 13-20 h, semaine 12-20 h (me 22 h), week-end 10-20 h. Jusqu'au dimanche 8 avril.