La raie de côté, le sourire idem, Adamo est partout. Sur les ondes, à la TV et jusque dans les pages de Libération. A croire qu'il est mort. Ces derniers jours, comme Trenet, ou il y a dix ans comme Gainsbourg: on ne sait plus très bien… La soixantaine sereine, le chanteur franco-belgo-sicilien est pourtant bien vivant. Mieux, il vient d'offrir à son public une énième galette romantique, baptisée Par les temps qui courent.

La France d'Hélène Segara et de Patrick Bruel peut le trouver dépassé, Adamo n'a rien changé. Ni sur le fond, ni sur la forme. Et les chiffres lui donnent raison. Look immuable et répertoire fleur bleue n'ont en effet pas empêché le petit garçon de Comiso (Sicile) d'écouler près de 90 millions d'albums.

«Des mots jamais assez beaux»

Succès incontestable qui doit autant au talent du chanteur qu'à son acharnement. Malgré une voix convenable et une jolie série de tubes durant les années 60 et 70, Adamo n'a jamais figuré parmi les chefs de cordée de la chanson française. A ses débuts, opiniâtre, il s'accroche durant quatre albums avant de décrocher un premier succès («Sans toi ma mie», 1963). Auteur-compositeur-interprète attachant, comme peut l'être un Enrico Macias, il s'enferme ensuite dans la posture du gendre idéal, pour n'en sortir que de façon épisodique. Son fonds de commerce est d'abord sentimental et Par les temps qui courent n'en est qu'une preuve supplémentaire avec son concentré d'histoires d'amour sous ciel étoilé, de matins au soleil et de «mots jamais assez beaux».

Le style Adamo explique mal l'imposant succès du crooner latin. C'est que, formé à la vieille école, le chanteur s'est acharné avec une rare énergie à faire fructifier son patrimoine musical. Travail de sape traduit par un nombre infini de galas et de concerts. Très tôt, que ce soit en Province, en rase campagne ou à l'étranger, Adamo occupe le terrain. Quitte à traduire ses chansons en allemand, en japonais ou en hollandais. Besogne sans doute ingrate, mais plutôt payante: «Tombe la neige» est resté 72 semaines en tête du hit-parade nippon (du jamais vu) et on en compte aujourd'hui près de 500 versions de par le monde… Qui a dit ringard?

Salvatore Adamo: «Par les temps qui courent» (EMI). En concert le 23 mars au Grand Casino de Genève.

Loc.: Globus Genève.