Après maints voyages, tant de saisons théâtrales et moult tribulations, le doute n'est plus permis: s'il est une capitale de l'Europe culturelle, c'est assurément Salzbourg. Pas toute l'année, certes. Mais l'espace d'un mois et des poussières, quand la ville bonbonnière de l'Europe, classée «Patrimoine de l'humanité», celle où Mozart vit le jour mais qu'il avait en horreur, accueille les Salzburger Festspiele.

Doit-on encore les présenter? Redire que le plus européen des festivals a regagné la place à laquelle le destinaient ses fondateurs Hofmannsthal et Max Reinhardt depuis que Gérard Mortier en a pris la direction en 1992? Six ans après, on n'ose même plus parler d'un «nouveau Salzbourg», tant les réformes imposées par le bouillant Flamand sont rentrées dans les mœurs. La moyenne d'âge des visiteurs a chuté, la programmation continue d'explorer le XXe siècle, les grands metteurs en scène d'aujourd'hui y sont en résidence, le théâtre parlé a retrouvé une vraie ambition et un large public…

Reste une ombre au tableau: le plus beau, le plus éclairé, des festivals est aussi le plus cher. Jusqu'à 500 francs (suisses!) la place. Mais s'effrayer de ce chiffre, c'est oublier les abonnements pour jeunes, les prix moins élevés, les projections sur grand écran, et une politique de diffusion qui a pris une nouvelle ampleur cette année: outre la fidèle radio, la TV rend enfin justice à Salzbourg, qui capte les trois grandes nouveautés lyriques de cette année. Si Le Temps vous met l'eau à la bouche ces prochains jours, puisqu'il vous parlera des principaux événements de Salzbourg 98, ne criez pas au supplice de Tantale. Après avoir retransmis en direct Katia Kabanova, Arte vous montrera Grandeur et décadence de Mahagonny (Russell-Davies/Zadek), puis le Boris Godounov donné ces précédentes années (Abbado/Wernicke); Don Carlo (Maazel/ Wernicke) sera projeté dans la ville; et il reste des places à prix décent pour la reprise de Saint François d'Assise (Nagano/ Sellars) ainsi que pour la majeure partie des représentations théâtrales… A bon entendeur, salut!

A. Px