A première vue, les Salzburger Festspiele constituent une édition comme les autres. La copieuse affiche rassemble deux opéras de Mozart (Don Giovanni et La Flûte enchantée), deux chefs-d'œuvre du XXe siècle (Lulu et Doktor Faust), deux joyaux inclassables (Les Baroques boréades et la romantique Damnation de Faust), une création mondiale (voir ci-dessus), une louche de prestige (les concerts du Philar' de Vienne), une bonne tranche de musique contemporaine (une série Boulez, le Festival Zeitfluss) et plusieurs rasades de théâtre (dont une nouvelle mise en scène de Marthaler). Le tout enrobé de conférences et d'expositions…

Ce n'est pourtant pas une édition comme les autres. D'abord, parce qu'elle amorce une courbe dramaturgique programmée jusqu'en 2001, date à laquelle Gérard Mortier quittera son poste. Mais surtout parce que le «style Mortier», imposé non sans peine par le Flamand depuis son arrivée en 1992, semble aujourd'hui totalement accepté. Où sont les collisions retentissantes, les cabales de la presse viennoise? Mises en veilleuse en attendant la nomination d'un successeur.

Les noms d'Alexander Pereira (directeur de l'Opéra de Zurich), Placido Domingo (en poste à Washington et bientôt à Los Angeles), Claudio Abbado (responsable du Festival de Pâques à Salzbourg) circulent. Un mensuel autrichien va jusqu'à suggérer, sans rire, Carlos Kleiber. Lequel est à la musique ce que Kubrick était au cinéma: un génie calfeutré dans sa tour d'ivoire.

D'aucuns disent que Gérard Mortier pourrait accepter de jouer les prolongations. Sous certaines conditions. Parmi celles-ci, le départ de la présidente du «Direktorium», dont il disait récemment, dans Die Weltwoche, qu'elle est «comme une soprano qui veut chanter des rôles qui ne lui vont pas». L'un et l'autre étant soutenus par des personnalités politiques antagonistes, l'avenir du festival semble loin d'être réglé. Non, depuis 1992, aucune année ne ressemble à une autre à Salzbourg. Et c'est une bénédiction!

A. Px