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Sam Stourdzé: «Je quitte Lausanne avec tristesse»

Sam Stourdzé prend la tête des Rencontres d’Arles. Après quatre ans en Suisse, le directeur du Musée de l’Elysée succède à François Hébel et promet une ligne à la fois ambitieuse et expérimentale

«Je quitte Lausanne avec tristesse»

Photographie Sam Stourdzé prend la tête des Rencontres d’Arles

Après quatre ans en Suisse, le directeur du Musée de l’Elysée succède à François Hébel et promet une ligne à la fois ambitieuse et expérimentale

En quelques dates

Il y a quelques jours, il assurait qu’il serait ravi dans tous les cas. Et un peu malheureux aussi. Sam Stourdzé briguait la tête des Rencontres d’Arles, l’un des plus vieux et des plus importants festivals de photographie au monde, mais répugnait à quitter la direction du Musée de l’Elysée, à Lausanne. Le Français de 41 ans a été nommé mercredi pour succéder à François Hébel, qui partira après l’édition de l’été 2014 en raison d’un différend avec la Fondation Luma et la municipalité sur les lieux d’exposition (LT du 15.04.2014 et du 20.12.2013). Parmi ses concurrents figuraient notamment Julien Frydman, patron de Paris Photo, et François Cheval, conservateur en chef du Musée Nicéphore-Niépce de Chalon-sur-Saône.

Sam Stourdzé est en poste à Lausanne depuis 2010 seulement. Quatre années durant lesquelles il aura dynamisé l’institution, lui offrant un prix généreusement doté, le magazine Else et une agréable cafétéria, ressuscitant aussi la Nuit des images et enrichissant les collections. Désormais, il regarde vers le Sud. En séjour à New York pour préparer une exposition, il a livré au Temps ses premières considérations d’heureux élu.

Le Temps: Surpris, comblé?

Sam Stourdzé: Je viens de l’apprendre! J’ai été reçu lundi par la ministre de la Culture, ce qui était plutôt bon signe, mais je ne savais rien de plus. Je suis aux Etats-Unis, le décalage horaire va me laisser du temps pour informer un certain nombre de personnes! Je suis évidemment très heureux et un peu triste à la fois. C’est toute l’ambiguïté; je ne quitte pas de gaieté de cœur ce projet à Lausanne, que je portais avec passion depuis plusieurs années.

– Avec quel projet avez-vous convaincu à Arles?

– Je n’ai pas envie de détailler cela aujourd’hui, mais disons que c’est un projet assez ambitieux, visant à s’assurer que les Rencontres puissent continuer à exister dans de bonnes conditions et surtout jouer leur rôle d’incubateur culturel, être un lieu d’expérimentation et un centre de production. J’ai fait toute une série de propositions en ce sens. Ce n’est pas un programme de rupture mais de continuité.

– Vous vous inscrivez donc dans la ligne de François Hébel?

– Je suis les Rencontres depuis des années et j’y collabore depuis 1999. J’ai bien vu, en douze ans, comment François avait métamorphosé un festival, non pas confidentiel – parce qu’Arles a toujours eu un bon écho, mais plus personne n’y allait – en un rendez-vous incontournable de la photographie. Aujourd’hui, puisque le public est là, une nouvelle phase peut s’ouvrir, plus tournée sur la production et l’accompagnement des artistes. François Hébel a fait d’Arles le festival des photographes. Il peut devenir aussi celui de la recherche, des commissaires, de tous ces métiers qui entourent la photographie.

– Vous parlez beaucoup d’expérimentation mais l’on vous connaît surtout pour des expositions grand public. C’est la différence entre un festival et un musée?

– On peut faire les deux et j’ai sans doute été nommé pour cette capacité de synthèse. J’ai toujours défendu les nouvelles approches de la photographie. On peut exposer le cinéma, les paparazzi ou la photographie comme objet. Un festival est un lieu formidable pour cela. En revanche, je ne pourrai plus développer une approche de collection comme je l’ai fait au musée avec les images de Burri ou Chaplin.

– François Hébel a jeté l’éponge suite à un différend avec son sponsor, Maja Hoffmann, concernant l’un des lieux majeurs d’exposition qui lui était retiré. Cela vous fait peur?

– Oui, mais cela m’a motivé aussi à être candidat. Je voulais m’assurer que les Rencontres perdurent dans de bonnes conditions. Il y a un vrai besoin aujourd’hui de mettre tous les interlocuteurs autour de la table et de discuter. J’espère avoir appris le sens du compromis avec mon passage en Suisse. Le compromis peut être l’art de gouverner et non la compromission. Il y a un nombre d’acteurs dans cette ville à faire pâlir d’envie, des Rencontres aux Editions Actes Sud en passant par le Musée archéologique ou la Fondation Luma. Ils doivent travailler ensemble et je crois qu’ils en ont envie. Ma première action sera de les rassembler.

– Pourquoi avez-vous postulé?

– Bonne question, quand on a entre les mains l’un des plus beaux musées de photographie et de quoi le faire devenir l’un des lieux les plus importants sur la scène internationale. Nous sommes un certain nombre à nous être portés candidats avec un sentiment de responsabilité envers le festival, lorsque le directeur a tiré la sonnette d’alarme et annoncé son départ. Il y a peu de festivals qui comptent dans le monde, Arles ne doit pas disparaître. J’aime aussi les défis et les missions difficiles. Ce n’était pas le cas à l’Elysée, qui jouissait d’une réputation internationale. Mais j’ai néanmoins contribué à réveiller une institution un peu endormie. Le musée est de nouveau sur les rails et j’aurais adoré rester. C’est le moment le plus sympa: celui où l’on commence à récolter les fruits!

– Vous vous posez donc en sauveur?

– Surtout pas! Ce serait romantique et idéaliste. J’entends juste relever une mission difficile.

– Vous confiiez il y a peu vouloir garder un pied à Lausanne en cas d’élection. Sera-ce le cas?

– Cela faisait partie de mes rêves et c’était une façon de réaffirmer mon attachement à Lausanne. Ma fille était en pleurs lorsqu’elle a appris la nouvelle et j’ai versé une larme également. Quatre ans, ce n’est pas rien! Rester sera très difficile, même si rien n’est décidé encore. Les termes ne sont pas fixés et nous allons discuter dans les jours prochains. Ce que j’ai déjà négocié avec Arles et le canton de Vaud, c’est de pouvoir assurer la continuité. Un certain nombre de projets sont en cours au musée et il y a le pôle muséal à venir. L’engagement à Arles concerne l’édition 2015, ce qui laisse du temps des deux côtés.

Sam Stourdzé est directeur du musée de l’Elysée depuis 2010.

Avant cela, il a monté de nombreuses expositions, souvent grand public, telles «Fellini, la Grande Parade» ou «Chaplin et les images», présentées au Jeu de Paume, à Paris, puis à Lausanne. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis, à Rome, il a assuré le commissariat général des Rendez-vous de l’Histoire, à Blois, de 1999 à 2003 et la direction des activités culturelles de la Fondation Henri-Cartier Bresson de 2005 à 2010.

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