A Hollywood, une Young British Artist

La vie de Sam Taylor-Johnson, la réalisatrice de 50 Shades of Grey, a pas mal changé ces dernières années. D’abord parce qu’elle a rencontré sur le tournage de son premier long-métrage, Nowhere Boy, en 2009, Aaron Taylor-Johnson, qui y interprétait le rôle principal, celui de John Lennon. Il n’avait pas 20 ans, elle en avait déjà 42, mais peu importe. Quand ils se sont mariés, en juin 2012, deux petites filles étaient nées de leur amour.

Sam, qui s’appelait alors Taylor-Wood, était déjà mère de deux fillettes, nées de son mariage avec Jay Jopling, célèbre galeriste et marchand d’art londonien, créateur du White Cube, le plus grand espace d’art commercial de Grande-Bretagne. C’est lui qui a produit le crâne en diamants de Damien Hirst.

Sam et Jay s’étaient rencontrés dans ce monde de l’art contemporain des années 1990, sans complexe vis-à-vis de la réussite et de l’argent, lui vendeur, elle artiste, liée aux Young British Artists (YBA), cette génération très provocatrice poussée sur la scène de l’art par Charles Saatchi. Sam Taylor-Wood est plutôt sage par rapport à d’autres. Elle a filmé une coupe de fruits qui lentement devient moisissure et poussière (Still Life , 2001), ou David Beck­ham en beauté dans son sommeil (2004). Elle a aussi conçu des installations vidéo plus complexes, des scènes se décomposant, dialoguant sur plusieurs écrans, sur plusieurs murs, et des séries de photographies panoramiques, tout en longueur. Dans ses œuvres, il est beaucoup question des relations entre les gens. Scènes de l’intimité, ou de société, dans lesquelles l’artiste décrypte le langage du corps, les échanges de regard, le rythme des conversations. Elle s’est aussi plusieurs fois attaquée à l’iconographie religieuse, reproduisant en photographie des scènes de la Passion. Ainsi, en 2002, elle se photographie en Self Pieta, l’acteur Robert Downey Jr en Christ mort sur ses genoux.

Thé vert et yoga

S’il est une année forte dans sa vie, c’est sans doute 1997. Elle est mère pour la première fois, son talent lui vaut d’être primée comme artiste émergente pour ce qui était déjà sa deuxième apparition à la Biennale d’art de Venise. A 30 ans, elle a déjà une belle série d’expositions derrière elle – dont une cette année-là à la Kunsthalle de Zurich. Et puis, à la fin de l’année, on lui diagnostique un cancer du côlon, elle est opérée d’urgence. Trois ans plus tard, la maladie fait une nouvelle apparition et elle subit une mastectomie. Le cancer l’obligera à attendre avant d’avoir son deuxième enfant, en 2005. On dit qu’elle ne mange que du poisson, boit du thé vert et fait du yoga, comme sa mère l’enseignait. En tout cas, si elle a croisé la mort sur son chemin, c’est pour son appétit de vie qu’elle est connue aujourd’hui. Le cinéma ne l’a par ailleurs pas totalement éloignée des arts visuels. L’an dernier, elle exposait chez Saatchi une trentaine de photographies de l’appartement de Coco Chanel à Paris. Vide, mais empreint des goûts de Mademoiselle.

Sam Taylor-Johnson n’est pas la seule des artistes de sa génération, y compris parmi les YBA, à être passée des arts visuels au 7e. L’autre exemple majeur étant bien sûr celui de Steve McQueen, oscarisé en 2014 pour Twelve Years a Slave . Sam Taylor-Johnson a aussi participé en 2006 à Destricted , une compilation de petits films érotiques signés par Marina Abramovic, Larry Clarke, Richard Prince ou Matthew Barney. Le scénario de son Death Valley est simple. Un homme marche dans le désert, s’arrête, et se masturbe. Huit minutes.