Le Rwanda attend avec impatience le concert samedi à Kigali de «l'enfant du pays», le chanteur belge d'origine rwandaise Stromae, pour un moment hautement symbolique, son père ayant été assassiné pendant le génocide de 1994.

Les Rwandais espèrent que l'auteur de «Papaoutai» ne leur fera pas une nouvelle fois faux bond. A la grande déception de ses fans, il avait dû annuler en juin les deux derniers concerts de sa première tournée en Afrique, prévus à Kinshasa et Kigali, pour raisons de santé. Il avait souffert des effets secondaires d'un traitement antipaludique. Les deux concerts ont été reprogrammés en octobre. Il a enchanté ses fans congolais samedi dernier à Kinshasa et les Rwandais l'attendent à bras ouverts.

Voir ici un écho de la venue à Kinshasa:

Témoignages de fans: un enfant du pays, assurément

«Je suis très heureux que Stromae vienne au Rwanda», s'enthousiasme Olivier Havugimana, 20 ans, joueur de tennis professionnel. «Nous l'attendions depuis longtemps, notamment à cause de ses problèmes (de santé). Nous sommes vraiment très contents de le voir revenir dans son pays d'origine.»

«Cela faisait longtemps que le Rwanda n'avait pas eu un artiste international pour le représenter», apprécie, tout sourire, Ange DK, une créatrice attablée dans un café de Kigali. «On est fier d'avoir quelqu'un d'aussi créatif, c'est un génie.»

Pour les Rwandais, Stromae, alias Paul Van Haver, 30 ans, né de père rwandais et de mère flamande, et qui n'a foulé le sol rwandais qu'une fois enfant, peut se sentir chez lui à Kigali. De grandes affiches y annoncent l'événement et les techniciens sont à l'ouvrage dans le stade de l'Université libre de Kigali où doit se tenir le concert.

Lors de son concert à Paléo en 2014, «Le Temps» racontait: «Le spectacle est d’une beauté sidérante, le fruit délicat d’obsessions: les costumes qui changent, le chapeau melon des petits droogies qui lui servent de musiciens, on dirait Orange mécanique, mais en plus violent, en plus froid.» Lire l'article ici.

A Kigali, une impatience croissante

Sur les réseaux sociaux, les Rwandais s'échangent les adresses des lieux où obtenir l'une des 20 000 places mises en vente. Dans les journaux fleurissent des articles revenant sur les origines du chanteur.

«Les gens en parlent, les plus jeunes comme les adultes», assure Pierrot Kagabe, 25 ans, un éducateur, fan de la première heure. Le jeune homme, qui ne tarit pas d'éloges sur les textes, la musique et les clips du chanteur, assure que Stromae est très attendu. «On en a fait un peu l'enfant du pays, tout le monde le connaît», dit-il en citant ses tubes «Formidable» ou «Papaoutai» régulièrement diffusés dans les boîtes de nuit de Kigali.

«Sa venue est une fierté pour notre pays», renchérit Jean de Dieu Dukundane. «C'est notre fils», lance-t-il, convaincu que le chanteur vient au Rwanda en quête de ses racines. «On ne peut pas se détacher facilement de ses racines rwandaises», soutient-il d'une voie solennelle.

La pudeur du chanteur à propos de son père

Ses origines rwandaises – son père Pierre Rutare a été tué pendant le génocide qui, en à peine cent jours entre avril et juillet 1994, a fait environ 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi –, le chanteur réputé pudique ne les évoque que rarement en public.

Au Rwanda, Paul Van Haver devrait un temps mettre de côté le costume de Stromae pour se rendre au mémorial du génocide et rencontrer des membres de sa famille paternelle. Deux étapes dont les médias devraient être soigneusement écartés.