Ça n'est pas recommandé pour le plateau télé. Diffusée par la TSR, la série Nip/Tuck raconte les mésaventures d'un tandem de chirurgiens esthétiques. Dans chaque épisode, Sean McNamara et Christian Troy procèdent à une opération. Ils lancent une musique d'ambiance sur leur chaîne B & O, puis ils incisent les tissus, aspirent le sang, retirent des chairs, greffent des morceaux de peau… Face à son assiette de penne rigate all'arrabiata, le téléspectateur chercherait presque les pulsations dans les rainures de ses pâtes, sous la sauce.

Nip/Tuck est dégoûtante, c'est son charme. Les scènes d'opérations imposent une imagerie crue, et chaque patient semble plus cinglé que le précédent. On le comprend vite, la série ausculte une société malade de ses apparences, où les femmes se ruinent pour se regarnir le balconnet, où les hommes claudiquent après leurs rêves d'enfance. Quand le Botox rend le beau toxique.

Peu à peu, les scénaristes ont dédoublé le propos. A l'obsession esthétique s'ajoutent les névroses des héros ou de leur entourage,

la famille centripète du bon papa McNamara, la poursuite de soi dans le sexe des femmes pour le cruel Troy. Le pathos, le coup de théâtre sentimental, le mélo le plus éhonté s'empilent au-dessus des corps charcutés de ces patients qui, finalement, ne paraissent plus aussi fous.

La TSR a montré lundi soir le dernier épisode de la saison 2 de cette série – une saison est une année de production. La première fournée est disponible en DVD, et la saison 3 est prévue début 2006 sur la chaîne romande. Ici, cette diffusion a coïncidé avec la polémique sur l'élection de Miss Suisse romande. C'était comme la consécration de Nip/Tuck, la preuve que la fiction TV de qualité peut devancer notre réalité. Aux «sériephiles» qui préfèrent les vraies émotions, rendez-vous ici même, chaque samedi. Avec ou sans plateau télé.