Cinéma

«Sami – Une chronique lapone»: de la toundra à l’université

Une jeune éleveuse de rennes doit renier ses origines pour aller au bout de son rêve

Au nord de la Suède, une vieille femme murée dans d’obscurs ressentiments assiste à l’enterrement de sa sœur. Un flash-back explicite les raisons de cette hostilité: d’origine samie (ou lapone, mais ce terme français a une connotation péjorative), Elle Marja (Lene Cecilia Sparrok) a grandi dans la toundra parmi les rennes. Au pensionnat, elle s’avère excellente élève.

Graines de nazis

Mais elle subit l’ostracisme et les humiliations que la Suède bien-pensante des années 30 réserve aux éleveurs de rennes. Des médecins venus de la ville lui font subir des examens anthropologiques racistes; ils la photographient nue tandis que les godelureaux blonds la matent en rigolant par la fenêtre. Ces mêmes graines de nazis l’insultent lorsqu’elle passe devant leur cabane. Le jour où elle se rebelle, ils la marquent à l’oreille comme on marque les bêtes.

Une institutrice a remarqué la vive intelligence de l’adolescente et lui prête des livres. Mais lorsque l’élève exprime le désir d’aller étudier en ville, l’enseignante oppose son veto: «Tu n’as pas les mêmes aptitudes que les enfants suédois.» Un soir, Elle Marja a volé une robe et s’est faufilée dans un petit bal. Elle y a sympathisé avec Niklas. Alors elle fugue, prend le train pour Uppsala, s’invite chez Niklas. Ses riches parents la chassent.

Discrimination raciale

Sami – Une chronique lapone aborde avec sensibilité une réalité méconnue et peu glorieuse de l’histoire suédoise. La violence de la discrimination raciale exercée à l’encontre du peuple autochtone appelle la violence psychologique extrême avec laquelle Elle Marja rompt avec sa culture en égorgeant le renne dont elle est la gardienne pour se libérer de toute attache.

La jeune femme a visiblement remporté le défi qu’elle a lancé, mais Amanda Kernell, dont c’est le premier film, fait malheureusement l’impasse sur les difficultés qu’a dû rencontrer la courageuse apostate. Il reste la poignante mélancolie des «joiks», les chants samis traditionnels, l’éblouissante beauté de la nature et la cruauté de l’homme pour l’homme. Avec son regard acéré et son visage buté, l’étonnante Lene Cecilia Sparrok tient le rôle d’Elle Marja. Dans la vie, elle est éleveuse de rennes.


Sami – Une chronique lapone, d’Amanda Kernell (Danemark, Suède, Norvège, 2016), avec Lene Cecilia Sparrok, Mia Sparrok, Maj Doris Rimpi, 1h50.

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