«A tous mes amis de mon quartier/Je n'ai pas changé, juste évolué.» Dans «Mantes-la-Jolie», chanson expiatoire du nouvel album Samra, Faudel marque son territoire. Des HLM, des potes: le berceau d'un jeune homme pour qui son Algérie d'origine tient presque de l'abstraction. Après avoir été adoubé héritier des Khaled, Cheb Hasni et autres Cheb Mami, tous musiciens dont les racines sont liées à un vécu, Faudel montre qu'il vient d'ailleurs.

Dans Samra, la structure des morceaux ne tient presque jamais du raï. Outrancièrement pop, l'album transcrit avec fidélité les influences du chanteur. Variété esthète, qui puise ses contours scintillant dans le rap français et les tubes FM, Samra distille avec précaution ses respirations orientales.

Fadia Dimerdji, responsable des programmes spéciaux sur Radio Nova, décrit parfaitement l'enjeu: «Faudel est un enfant de l'immigration qui plaît autant aux jeunes des banlieues qu'à ceux des quartiers chics. Français, Arabes, il dépasse ces distinctions. C'est d'ailleurs le clair objectif de sa maison de disques. Faudel est autant diffusé sur NRJ que sur Beur FM. S'il vend moins en Algérie qu'en France, c'est qu'il n'est pas né là-bas.» Faudel, chanteur parisien.

Et cet album, dont chaque inflexion est formatée pour être adoptée par tous les publics, marque un tournant. Celui où un artiste beur n'est plus confiné dans une posture d'alibi culturel, de quota pour minorités. Si Samra ne restera pas dans l'histoire pour sa créativité ou sa qualité musicale, il aura eu au moins le mérite de dévier ce qui n'était au départ qu'un plan marketing.

«Samra», de Faudel (Mercury/Universal)