Locarno Festival

Samuel Chalard, la mémoire de Vila Autódromo

Le réalisateur romand a triomphé avec «Favela Olímpica», un beau documentaire sur la destruction programmée d’une favela avant les Jeux olympiques de Rio de Janeiro

Il n’en revient toujours pas, Samuel Chalard, de l’accueil qui a été réservé à son premier long métrage, Favela Olímpica, présenté à Locarno dans le cadre de la Semaine de la critique, section indépendante dédiée au documentaire de création. Après une première mondiale triomphale, la deuxième projection a également fait salle comble. Et spontanément, à peine le générique achevé, les gens se sont levés pour l’applaudir.

Le lendemain matin, à l’heure du café, le réalisateur romand, né à Lausanne en 1973, est encore sur son petit nuage. Après huit ans de labeur, voilà son travail en quelque sorte validé. Coréalisateur du moyen métrage Bamako is a Miracle (2002) avec Arnaud Robert, journaliste musical au Temps, il explique avoir eu la première idée de ce qui deviendra Favela Olímpica à la vue d’images montrant des stades érigés pour les Jeux olympiques laissés à l’abandon.

C’est d’abord le site de Sarajevo qu’il visite pour des premiers repérages, mais il se rend vite compte que la guerre qui a fait rage en ex-Yougoslavie a évidemment accéléré le processus de délabrement des infrastructures sportives. Il part alors pour Athènes, où l’on considère que se sont déroulés les pires jeux du point de vue de la gestion des stades, puis enchaîne avec celui de Barcelone, cité au contraire en exemple. Les Jeux d’été de Londres 2012 commencent à approcher, mais c’est trop court pour développer un projet.

Favela modèle

C’est alors, en juin 2013, un an avant que le Brésil n’accueille la Coupe du monde, qu’il découvre des images de manifestants réclamant des hôpitaux aux normes des stades construits par la Fédération internationale de football. D’instinct, il se dit que les Jeux olympiques de Rio de Janeiro 2016 seront le cadre du documentaire qu’il fantasme depuis plusieurs années. Alors que son idée initiale était de s’intéresser à l’après-Jeux, un sujet plus précis s’impose à lui, comme une évidence, dès son premier voyage: il va raconter l’histoire de Vila Autódromo, une favela condamnée à la destruction pour laisser place à des infrastructures sportives. Mais aussi, apprendra-t-il, à des appartements de luxe, la spéculation immobilière et la corruption étant passées par là.

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A raison d’un voyage de dix jours tous les trois-quatre mois, un peu moins dans les premiers temps du tournage, il documente alors patiemment le combat des habitants de Vila Autódromo, une favela modèle, loin des clichés de misère extrême et de violence inhérents aux quartiers pauvres de Rio. Au total, il filmera cent jours, tout en comptant sur l’aide d’un chef opérateur basé sur place, pour un total de quelque 150 heures de rushes.

Le film qu’il a monté à partir de ce matériau est d’un humanisme bouleversant. Voir les habitants se battre pour la survie de leur quartier et la favela commencée à être rasée jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelques irréductibles est révoltant. La narration est admirablement menée, entre petites et grandes histoires, les protagonistes s’imposant vite comme de superbes personnages de cinéma. Jusqu’à ce final qui permet de multiples interprétations, mais qu’on préférera voir comme positif, porteur d’espoir, signe que David n’a pas forcément à baisser la tête devant Goliath.

Immersion totale

Il y a un mois, avant la première mondiale officielle du film à Locarno, Samuel Chalard a organisé une projection privée dans ce qui reste de Vila Autódromo. «Les gens que j’ai filmés ont trouvé que je les avais mis en valeur. Pendant le film, il y avait un grand silence; après, beaucoup d’émotion.» Voilà la force du cinéma documentaire: s’immerger dans une réalité afin non pas de la révéler, mais de l’appréhender en profondeur, dans toute sa complexité. Favela Olímpica sortira dans les salles romandes le 18 novembre prochain, et ce serait bien que les cadres du Comité international olympique le voient.

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