Sandrine Piau n'est jamais plus émouvante que lorsqu'elle chante avec intériorité. Mardi soir, au BFM de Genève, il fallait l'entendre dans le sublime air «Ach, ich fühl's» de Pamina dans La Flûte enchantée. La pureté du timbre, cette ligne qu'elle déroule sans jamais gonfler les émotions en font un très beau moment. Il y a là une nudité de l'âme qui révèle toute la fragilité de la fille de la Reine de la Nuit.

La soprano française était l'invitée de David Greilsammer et son ensemble Geneva Camerata. Elle a chanté Rameau et Mozart, au sein d'un programme pour le moins bigarré. Car il y avait du baroque, du contemporain, et même la Symphonie «Classique» de Prokofiev. L'enthousiasme des jeunes musiciens, formant une équipe globalement de très bonne tenue, compense les frustrations dues à l'acoustique terriblement sèche du BFM.

Par quoi commencer? Par cette Ouverture de La Clémence de Titus qui donne le ton. David Greilsammer demande à ses musiciens (violons, altos, bois, etc.) de jouer debout. Les impulsions du chef sont nerveuses, ciselées, à la manière d'un René Jacobs. C'est un peu sec, brutal (le premier accord), mais le chef israélien fait par ailleurs respirer les cordes dans les passages lyriques. 

Le «Chaos» des Eléments de Jean-Féry Rebel (1666-1747) sied très bien à David Greilsammer qui en fait ressortir toute la modernité. Il enchaîne directement avec «Climax» pour orchestre dansant et danseur du compositeur israélien Ofer Pelz (né en 1978). Hélas, cette création contemporaine laisse dubitatif. La musique s'essouffle en formules creuses et répétitives. Quant à la chorégraphie, on se demande pourquoi les musiciens dans l'orchestre se mettent à tourner de la tête et ce que veut dire la chorégraphie du danseur Nicolas Cantillon. Pas très convaincant. 

Au moment où les musiciens s'apprêtent à quitter la salle, Sandrine Piau déboule sur scène. Elle s'énerve contre l'orchestre, fait mine d'être outrée, puis attaque «l'Air de la Folie» de Platée de Rameau, s'adonnant à des vocalises enlevées - quoique sans être aussi déjantée qu'une Patricia Petibon. Après l'entracte, David Greilsammer dirige la Symphonie «Classique» de Prokofiev. Une lecture un peu lisse, non sans raideurs, qui se libère dans le finale plein de mordant. 

Sandrine Piau revient alors en scène pour un magnifique «Being Beauteous» des Illuminations de Britten et des airs de Mozart. On y admire son intelligence des phrasés et sa sensibilité. Si elle pourrait être plus suggestive et taquine encore en Suzanne («Deh vieni, non tardar»), «Fra I pensier più funesti» de Lucio Silla est splendide, tout comme le vif «Nel grave tormento» de Mitridate, avant «Ach, ich fühl's» en dernier bis.