Jerome Charyn, né en 1937 dans le Bronx, maître du polar, raclant les bas-fonds de la ville qui ne dort jamais pour y dénicher des pépites d’humanité. François Boucq, né à Lille en 1955, stakhanoviste souriant du dessin dont le trait expressionniste s’épanouit avec autant d’aisance dans le réalisme que dans la caricature. L’auteur de Zyeux-Bleus et de Marilyn la dingue a rencontré celui de Bouncer et de Jérôme Moucherot à la fin des années 1980. Ils ont publié deux récits cruels et grandioses, Bouche du diable et La Femme du magicien, puis Little Tulip (2014), qui s’attache à Paul, un tatoueur new-yorkais rescapé d’un goulag de la Kolyma. Les deux complices reprennent ce personnage dans New York Cannibals.

Vingt ans ont passé. Azami, la fillette adoptée par Pavel-Paul, est policière. Elle est devenue une femme extrêmement virile: à force de soulever de la fonte et d’absorber des stéroïdes, elle a développé une musculature herculéenne, couverte de tatouages. L’instinct maternel qui subsiste en elle s’assouvit lorsqu’elle trouve un bébé dans une poubelle. Evidemment, cet enfant n’est pas tombé du ciel. Issu de la misère, de la drogue et du profit, de l’exploitation du faible par le fort, il est un enjeu dans la partie complexe à laquelle se livre un ramassis de tordus. Quant à Pavel, il tatoue un billet de 100 dollars sur l’abdomen d’un pauvre type (c’est censé lui porter chance, tu parles…) et retrouve un spectre du passé, Nadya, cet amour de jeunesse dont il avait pourtant vu le corps captif des glaces sibériennes…