Du sang, de la sueur et des baffes

Cinéma Des quartiers nord de Marseille, Nicolas Wadimoff ramène «Spartiates», consacré à un champion de civisme martial

Dans les quartiers nord de Marseille, Yvan Sorel, champion de MMA (mixed martial arts), refuse de baisser les bras. Aux jeunes de sa cité, il inculque des valeurs de respect et de tolérance. A coups de pied au cul, s’il le faut, et ce n’est pas une métaphore. Au sein de Spartiates, son club de lutte, il galvanise ses gars avec des cris de combat: «On est dans le dojo! On est à Sparte!», des mots d’ordre: «Respect! Volonté! Courage! Victoire!» et des rodomontades nietzschéennes («Ce qui ne me tue pas me rend plus fort»). Se substituant à une autorité parentale défaillante, il colle un verbe à un jeune. Comme il ne tient pas à passer «un quart d’heure inoubliable», le fripon s’acquitte de sa punition sous les yeux d’une mère émerveillée par ce miracle.

Après Opération Libertad, évocation nostalgique des 70’s militantes, Nicolas Wadimoff revient au documentaire (Aisheen – Still Alive in Gaza, Alinghi: The Inside Story). A Marseille, dans des quartiers où la civilisation ne met plus les pieds, le cinéaste genevois a filmé à l’arrache le cogneur civique dans ses œuvres. Spartiates n’est pas un film aimable. Il n’y a pas de vue sur la mer, juste du béton et de la grisaille pour boucher l’avenir. Et, comme valeur refuge, la religion, étrange syncrétisme suburbain de la grandeur d’Allah et du signe de croix.

Les théories blâmant la pédagogie soixante-huitarde et prônant le serrage de vis mettent tout le monde d’accord à l’heure de l’apéro. Mises en application, elles s’avèrent choquantes, déplaisantes. Le Spartiate en chef n’a pas lu Piaget. Mais ayant grandi dans un monde où les valeurs républicaines n’ont plus cours et où il suffit d’un rien pour faire des kids des bandits, il se sent investi d’une mission salvatrice. La mission éducatrice qu’il s’est assignée et son idéologie paramilitaire viennent du cœur.

French Correction

Un bambin a séché les cours? Yvan Sorel l’étend d’un croc-en-jambe, pour lui apprendre les règles. Il éructe ses menaces («Je vais casser des nez, des mâchoires. J’en ai assez d’être gentil») à l’encontre des gars qui n’ont pas assuré à un tournoi de MMA. Dans une séance hallucinante, le capo Sorel fait deux fois le tour de tous les membres de son club et leur boxe le plexus histoire de les aguerrir et de passer sa rage. Résonne alors la fameuse question de Juvénal: «Qui gardera les gardiens?» Qui gardera cette brute pleine de bonne volonté lorsqu’elle se mettra en tête l’idée d’éduquer le monde entier?

Pour sa «dramaturgie intense et subtile», le documentaire de Wadimoff a remporté le Prix de Soleure 2015. Il divise les spectateurs, entre ceux qui crient au facho et ceux qu’émeut la sincérité véhémente du croisé Sorel. Spartiates suscite le débat.

Spartiates, de Nicolas Wadimoff (Suisse, 2015). 1h20.