Cinéma

«Santa & Cie»: Alain Chabat croit au Père Noël

L’ex-Nul revisite les mythologies de Noël avec humour et tendresse

Noël approche et ça chauffe au pôle Nord: il ne reste qu’une pincée de jours pour fabriquer un milliard de jouets et les charger sur le traîneau magique. Mais soudain, les 92 000 lutins industrieux tombent inanimés, victimes d’un méchant virus… C’est la cata! Santa Claus (Alain Chabat) doit filer toutes affaires cessantes acheter des vitamines C. Il atterrit à Paris et découvre que la réalité contemporaine est plus moche quand on la voit depuis le plancher des rennes plutôt que de l’étoile polaire.

Depuis l’invention du cinématographe, la magie de Noël inspire les films les plus niais, tintinnabulant de piètres rebondissements scénaristiques: le Père Noël forme son fils (Arthur Christmas), reçoit un coup de main de son frère aîné (Fred Claus), se bat contre des marchands de jouets félons ou quelque démon des glaces… Ces œuvres, plus sucrées qu’une bûche aux marrons glacés, Alain Chabat les connaît. Il en absorbe tous les motifs et les restitue jusqu’à l’absurde, quitte à nimber de bulles de savon le merveilleux barbu qui skie…

Vêtu de vert

Rompu à l’exercice du second degré et de la parodie, l’ex-Nul refuse de prendre les spectateurs, même les plus jeunes, pour des débiles. Avec ce film «tiré d’une histoire vraie», il propose un irréprochable récit de Noël, avec réconciliations et joujoux par milliers, sans jamais lésiner sur le fluide glacial. Planqué sous une barbe de prophète, il marque la différence en choisissant le traditionnel Santa Claus, vêtu de vert, en opposition aux cohortes de Pères Noël en houppelande rouge (couleur d’un soda «colaté»).

Santa, le roi du jouet, l’ami des petits, le plus fameux capitaine d’entreprise de la terre, est un inadapté: il croit que pour sortir de prison, il suffit de tirer un coup double aux dés, comme au Monopoly.

A peine posé à Paris, Santa Claus fait scandale dans une pharmacie et finit au poste. Il s’invite chez Thomas (Pio Marmaï), avocat commis d’office, et sa femme Amélie (Golshifteh Farahani), fait la connaissance de leurs enfants et découvre que les têtes blondes sont plus pénibles dans la vie que dans les livres d’images.

Amuseur hors pair, Alain Chabat est un cinéaste capable de réussir les projets les plus improbables, comme un homme qui se change en chien (Didier), une adaptation d’Astérix (Mission Cléopâtre) ou Sur la piste du marsupilami. Comédien étonnant, il n’a pas son pareil pour jouer les ahuris (la rencontre de Santa avec Jean-Pierre Bacri déguisé en Père Noël est un moment délectable). La morale du film, selon laquelle il y a de chics types parmi les habitants du monde réel, tombe sans surprise, mais la magie de Noël selon Chabat est plus proche de L’Etrange Noël de M. Jack, de Tim Burton, que du Polar Express de John Zemeckis.


«Santa & Cie», de et avec Alain Chabat (France, 2017), avec Golshifteh Farahani, Pio Marmaï, Audrey Tautou, Bruno Sanchez, 1h35.

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