Sara Mingardo laisse un souvenir bouleversant en Neris, dans l’opéra Medea donné l’an dernier au Grand Théâtre de Genève. La contralto s’est fait une spécialité de l’opéra baroque et de la musique sacrée. On ne l’associe pas au répertoire romantique, a priori éloigné d’elle, et on était donc curieux de l’entendre dans les Kindertotenlieder de Mahler et les Wesendonck Lieder de Wagner.

Vendredi soir, le public est venu nombreux pour l’écouter à l’Opéra des Nations. Sara Mingardo a pour elle un timbre d’une grande beauté. Cette couleur sombre et mordorée qu’elle apporte aux graves est magnifique, mais elle n’a pas entièrement convaincu dans les Kindertotenlieder. Elle chante avec la partition sous les yeux, ce qui crée de la distance entre elle et le public. On sent aussi que la phrase mahlérienne ne va pas de soi; si certains passages sont habités, bien sentis, elle ne provoque pas le grand frisson. Elle a cette manière de poser la voix avec une profondeur qui évite toute dureté. Elle ose des mezza voce, cherche à donner une texture éthérée aux nuances piano, occasionnant quelques fragilités vocales. Elle est desservie par le pianiste João Paolo Santos, dont l’accompagnement manque de poésie. On rêverait de plus de couleurs, d’un toucher moins terne, accusant quelques duretés.

Les Zwei Gesänge op. 91 de Brahms siéent bien à cette voix qui n’est pas immense. Mais l’altiste allemande Diemut Poppen tend à jouer trop fort, ce qui est dommage, car Sara Mingardo chante avec chaleur et une très belle conduite de la ligne. On passera sur le Konzertstück pour alto et piano de George Enescu joué de manière laborieuse par l’altiste. Puis viennent les Wesendonck Lieder que Sara Mingardo interprète avec plus de fluidité que Mahler. C’est une lecture intériorisée, dépouillée, avec ces beaux graves sombres, quelques accents éplorés, quoique sans les emportements d’une authentique mezzo wagnérienne. Elle varie avec art les nuances dans «Stehe still!», chante la mélancolie sourde de «Im Treibhaus», et se laisse aller aux longues phrases de «Träume». Nocturne op.43 no2 de Fauré clôt le concert sur une note intériorisée et nostalgique (diction un peu approximative). Le timbre de la contralto est un bonheur à lui seul. Mais on aurait souhaité l’entendre aussi dans le répertoire baroque qu’elle domine à merveille.