La fraise à neige gît sous l’auvent. Une petite machine, assez piteuse, qui lui sert par mauvais temps à pouvoir sortir. «C’est le meilleur investissement de ma vie, je l’échangerais volontiers contre mon violoncelle!» Elle rit surtout avec les yeux, plissés en ourlet, veut encore vous montrer son four à raclette artisanal, sa seconde fierté, mais se souvient qu’elle doit répéter pour les deux concerts qu’elle donne dans la journée. Alors on quitte ce chalet de bois clair, cette boîte à bijou ascensionnelle, qui embrasse tout: le Muveran, les Dents-du-Midi, un bout du massif du Mont-Blanc, la plaine qui rumine en contrebas, tout jusqu’à l’horizon et au-delà. De cette maison qui est un balcon.

Sara Oswald est beaucoup moins petite qu’elle ne le répète à tout bout de champ, elle dépasse d’une demi-tête son violoncelle. Ce qui trompe, c’est la force qu’elle exprime dans chacun de ses gestes compacts, elle ouvre la porte, pointe du doigt sa chambre, le studio, un piano, un violoncelle, dévale l’escalier, montre la salle de bains avec le puits de lumière, elle prépare déjà un café, furtive, la joie insatiable d’agir. Avant la pandémie, les gens ne la connaissaient pas forcément. Elle était un nom au bas d’une affiche des Young Gods ou de Sophie Hunger – elle était de ces musiciens qui travaillent tout le temps au pétrin plutôt qu’à la boulangerie.