Cette fois, c'est le dernier. Promis, juré. Réalisé en 2003 à l'âge de 85 ans, Saraband clôt l'une des plus importantes œuvres de cinéaste au monde. Rien que pour cette raison, il fallait montrer ce téléfilm tourné en vidéo digitale haute définition et déjà diffusé sur Arte (lire LT du 16.12.2004). Le problème est que Bergman avait refusé son transfert sur pellicule, obligeant les salles intéressées à s'équiper de la «technologie du futur» – ce que George Lucas lui-même n'avait osé exiger. Pour finir, c'est le CAC-Voltaire de Genève qui s'est dévoué, louant appareils et copie (une grosse cassette) au prix fort pour trois semaines.

Présenté un peu abusivement comme une suite de Scènes de la vie conjugale (1973), Saraband en reprend bien le couple Marianne (Liv Ullmann) – Johan (Erland Josephson), 30 ans après qu'ils ont divorcé et se sont perdus de vue. Par contre, le drame se déplace sur deux nouveaux personnages: Henrik, le fils de Johan d'un précédent mariage, et sa fille Karin, jeune violoncelliste prometteuse qu'il voudrait garder près de lui. A son cœur on trouve encore Anna, la mère de Karin disparue deux ans plus tôt, dont la photo trône à la fois chez Henrik et Johan, tous deux inconsolables alors qu'ils se haïssent cordialement. C'est dans ce nœud de vipères que débarque Marianne, le jour où elle décide impulsivement de rendre visite à Johan dans sa retraite en forêt.

Découpé en dix chapitres et un épilogue, le film se présente comme une série de dialogues, dans l'esprit du Kammerspiel strindbergien autant que des Sarabandes pour violoncelle de Bach. Autant dire qu'une certaine cruauté est au rendez-vous, qui donne un film plutôt froid malgré l'été, la compassion de Marianne et la vitalité de Karin. Les hommes, eux, vieux seigneur et fils «raté», paraissent plus doués pour la monstruosité que l'humanité. Pour finir, l'enjeu pourrait être la sortie d'une terrible incapacité à aimer.

Comme film-testament, on pourra préférer Fanny et Alexandre (1982) ou En présence d'un clown (1997), le précédent téléfilm du vieux maître. Ici, on admire surtout l'économie d'une mise en scène austère, mais qui, à jamais moderne, n'hésite pas devant l'adresse directe au spectateur, le contre-champ sur un décor naturel improbable, l'illustration de la violence en flash-back ou la mise à nu physique d'un vieillard. Rien ne nous enlèvera cependant de l'idée qu'il s'agit là des ruminations d'un homme qui aura eu trop de femmes et d'enfants. Autrement dit, on peut se sentir un peu étranger à la chose, d'autant plus que la fameuse vidéo digitale, trop lisse, rend surtout nostalgique d'un certain grain – ou au contraire velouté – de la pellicule.

Saraband, d'Ingmar Bergman (Suède 2003), avec Liv Ullmann, Erland Josephson, Börge Ahlstedt, Julia Dufvenius.