Une campagne présidentielle américaine chasse l’autre. Pourtant, un petit retour à 2008 vaut la peine, quand il est suggéré par un brillant téléfilm. Production de HBO, Game Change revient sur le coup politique, finalement peu bénéfique, que fut le choix de Sarah Palin avec John McCain durant la précédente compétition électorale. A Genève, le Festival Tous Ecrans, qui commence ce vendredi, montrera le film la semaine prochaine.

Août 2008. La campagne de John McCain (incarné par Ed Harris) fait du surplace. Son principal conseiller en est convaincu: «Nous avons besoin de créer une nouvelle dynamique, ou nous sommes morts.» Il faut un changement dans le déroulement de la partie. Le coup de fouet devra venir du choix du candidat à la vice-présidence, position pour laquelle Mitt Romney fut évoqué. Mais il faut plus frappant: une femme. Casting. Et soudain, la piste de la gouverneure de l’Alaska, parfaite pour compléter le ticket républicain, tout en visant l’électorat d’Hillary Clinton.

Réalisé par Jay Roach, qui émane de sujets plus légers (les Austin Powers, Meet the Parents), Game Change frappe d’abord par la performance de Julianne Moore en Sarah Palin, saisissante dans sa manière de décliner toutes les facettes du personnage. Ecrit par Danny Strong sur la base d’un ouvrage de Mark Halperin et John Heilemann, le film doit en effet beaucoup à l’actrice, puisque le choix des concepteurs est précis: suivre la grandeur puis la décadence d’une co-candidature. Défilent les grands moments de la campagne jusqu’à novembre, dont le bon mot sur la différence entre une «hockey mom» et un pitbull (le rouge à lèvres), et la fille de 17 ans enceinte. Puis les propos gaffeurs, sur le fait que la Russie est voisine de l’Alaska étant donné qu’elle est en face, ou la méprise sur le terme «Fed» (la banque centrale), que la gouverneure comprend comme «les fédéraux», les fonctionnaires de Washington…

Une campagne qui explose en vol. La rudesse affirmée de la gouverneure du nord, face aux contraintes du spectacle politique. Un peu à la manière de l’inoubliable série The West Wing (A la Maison-Blanche), d’Aaron Sorkin (lire ci-dessous), les auteurs de Game Change détaillent le corset qui enserre toujours davantage la candidate, peu à peu otage des communicateurs. Le propos se révèle cinglant à l’égard de Sarah Palin. Toutefois, sans l’accabler, en jouant sur cette liberté de parole qu’elle ne cesse de revendiquer. La chronique n’en apparaît que plus froide, précise, voire cruelle, quand le stratège en chef, dépité par les réponses de la candidate, lance à un collègue: «C’est une bonne actrice, non? – La meilleure. – Alors, donnons-lui quelques lignes de texte…»

Julianne Moore exprime avec une force rare les failles et les retours de flamme de la potentielle vice-présidente. Sa façon de se soumettre à l’apprentissage par cœur de répliques pour les plateaux télé, puis soudain, ses rébellions, ses sursauts pour mener sa course comme elle l’entend. La rencontre d’un scénario précis et de Julianne Moore coulée dans son rôle envoie Game Change au panthéon, déjà fourni, des fictions politiques américaines. A ce titre, la projection genevoise est d’autant plus précieuse que le film ne sera pas diffusé sur des chaînes accessibles en Suisse romande – il est en revanche annoncé en DVD, avec sous-titres français, pour janvier.

Game Change. Projection mardi 6, Genève, Grütli, 19h (gratuit, réservation par Internet). Festival Tous Ecrans. Rens. www.tous-ecrans.com

«C’est une bonne actrice, non? – La meilleure. – Alors, donnons-lui quelques lignes de texte…»