«Dans le fond, t'organises des trucs pour être dedans!» a fait un jour remarquer ironiquement à Sarclo le Bel Hubert. La savoureuse remarque du Jurassien, au-delà d'avoir provoqué le fou rire de l'intéressé, est bel et bien fondée. Puisque, le plus souvent, le chanteur genevois établi à Lausanne apparaît dans les spectacles et projets qu'il promeut. A l'image de cette Guinguelvet Underground en forme de réunion de famille franco-suisse qui rassemblera, fin juin à Lausanne puis durant un mois au festival d'Avignon, des chanteurs et humoristes de tous horizons: de Michel Bühler à Laurent Flutsch, des Ouais à JeHan via Bernard Joyet, Xavier Lacouture, Vincent Kohler ou... Sarclo bien sûr.

Mais il ne faut pas y voir une manière de tirer la couverture à soi. Car Sarcloret - Michel de Senarclens à l'état civil - qui a laissé tombé depuis mai passé son diminutif artistique pour cause de fâcheuse homonymie avec un président en exercice, n'a depuis belle lurette plus grand-chose à prouver. Ce qui contribue sans doute à cet altruisme sans frontières de générations mais tatillon quant aux courbes pulpeuses de l'écriture. Au chapiteau du Théâtre de Vidy ces jours, à l'issue du spectacle des Trois cloches (avec Michel Bühler et Gaspard Glaus) revisitant brillamment le grand œuvre de Gilles, «vrai père de la chanson romande» disparu il y a vingt-six ans, Sarclo s'époumone d'ailleurs encore à faire de la réclame pour ses futurs compagnons de scène: Martin Rewki, Bel Hubert, Simon Gerber ou Fabien Tharin. Au même titre qu'il fait l'article avec humour du nouveau disque de son vieux complice Bühler.

Coups de sang

«Certains sont effarés de me voir faire cela pour les autres. Mais cela donne juste de la chaleur et de la cohésion au tout. Je ne le fais pas pour moi, même si je suis à l'affiche de plusieurs projets différents», relève Sarclo. Depuis 1981 et Les plus grands succès de Sarcloret, celui qui a été lui-même encouragé par Renaud dans l'Hexagone a publié neuf albums studio et est reconnu comme l'une des plus fines plumes de la francophonie. Aujourd'hui, Sarclo représente à la fois une caution morale, un gage de qualité artistique et un chef de file à sa manière parfois criarde d'une «école» de voix romandes. Figure écoutée, respectée mais aussi critiquée pour ses accès de rage ou la radicalité de ses coups de sang, il n'empêche que son opinion et ses choix comptent. La Radio suisse romande se souvient encore de son coup de gueule en septembre 2006 lorsqu'il a fustigé l'absence de cachets versés aux chanteurs et musiciens helvétiques qui se produisaient au festival Label Suisse. Se montrant d'utilité publique en pointant les ambiguïtés d'un festival monté par le service public.

En claironnant et en assumant haut et fort ce que d'autres pensent tout bas, en partageant son carnet d'adresses artistiques aussi, il ouvre sans doute aux nouveaux venus des portes qui resteraient peut-être closes. Devant ce rôle de figure tutélaire et paternaliste qu'on lui attribue, Sarclo reste humble: «Je pousse juste le vouloir-faire jusqu'au savoir-faire. Et puis, dans le système d'autoproduction majoritaire qui fait loi en Suisse, il faut être conscient que les artistes ne peuvent s'en sortir que s'il y a un tant soit peu d'échanges, de solidarité entre eux et entre un petit réseau de salles amies.»

Parrain

Aux yeux de Simon Gerber, protégé parmi les protégés de Sarclo, la chose va de soi: «C'est le parrain de la scène romande... et de ma fille. A titre personnel, c'est donc mon copain et j'en suis très fier. Sur le plan professionnel, c'est aussi mon chef, mon employeur. Il décide de ce que je fais et si je continue à écrire des chansons et à travailler avec d'autres chanteurs, c'est surtout grâce à lui.» Gerber a entre autres joué sur le dernier album de Sarclo, participé aux disques et concerts du Bel Hubert, été l'un des trois artisans de la Quinzaine du blanc chez les trois Suisses, spectacle de 2006 fédérant les répertoires de Sarclo, du Bel Hubert et de Simon Gerber qui sera réactivé cet été à Avignon.

Sarclo: «Je parraine volontiers de jeunes chanteurs comme Simon Gerber quand je vois l'immense talent qu'ils ont et à côté duquel on risquerait de passer si je ne le faisais pas.» La chanson fine pour Sarclo, c'est un sacerdoce.