Saturne, le dernier roman de Sarah Chiche est traversé d’oxymores. Il diffuse son obscure clarté sur la rentrée littéraire, propage, comme le font les corps célestes et les souvenirs, des fulgurances nées de lumières éteintes. Il est question de deuils perpétuels mais apaisés, de clairs-obscurs, de haines nées de l’amour, d’une quiétude aussi, finalement rejointe, mais qui demeure dans le qui-vive de l’écriture. «Tout est perdu, tout est sauvé. Tout est perdu. Tout est splendide», sont les derniers mots de Saturne.

Les origines, l’enfance, l’histoire – la guerre d’Algérie et l’exil des pieds-noirs – sont les thèmes où l’oxymore, où l’ambiguïté, où de terribles merveilles se déploient. Saturne est en deux parties, «comme les deux faces d’une même planète», commente Sarah Chiche, dont le visage se dessine sur l’écran d’un portable – lien électronique entre une villégiature normande et la rédaction de Lausanne et qui rend possible l’entretien. «La première est l’histoire d’une famille, sa splendeur, sa magnificence, dit-elle. C’est le versant maniaque, l’hubris d’une trop grande richesse matérielle qui n’est pas une force aventureuse mais une force de mort. Une force qui vient tant bien que mal masquer le cadavre de la perte, la perte de l’Algérie et d’un fils. A cela s’oppose la deuxième partie du livre: l’histoire d’une enfant et d’une jeune fille – une histoire qui a été la mienne il est vrai, celle d’une hantise, d’une dépossession, d’une dépression mélancolique.»