Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Genève, 27 août 2018.
© Nicolas Righetti / Lundi 13 pour Le Temps

Portrait

«Sur scène, je joue un jeu: le jeu de Jain»

La Française, qui chante en anglais et fusionne pop, électro et musiques du monde, publie un deuxième album qui la voit reprendre la route en solo

C’était il y a un mois et demi, du côté de la plaine de l’Asse. Entre un concert abrasif du Black Rebel Motorcycle Club et une performance disco-psychédélique de MGMT, deux groupes américains à la réputation bien établie, on allait voir sur la Grande Scène du Paléo Festival le retour de la frêle Jain.

Révélée à fin 2015 avec un premier album, Zanaka, qui lui a valu l’an dernier les Victoires de la musique du meilleur clip et de l’artiste féminine de l’année, elle se retrouve de nouveau seule sur scène, cintrée dans un bleu de travail une pièce lui donnant un petit air de Super Mario. Elle est à la fois DJ et chanteuse, lance ses sons elle-même et tient l’immensité du plateau scénique sans donner l’impression d’y être perdue, emmenant sans trop d’efforts le public dans son univers où pop, électro, hip-hop et musiques du monde se côtoient pour le meilleur.

Il y a deux ans, alors que Zanaka était en train d’en faire une des révélations de l’été, Jain était déjà une des attractions du Paléo, bien que programmée sur la scène couverte du Détour. Plus tard dans la soirée, après son concert, elle était allée voir Massive Attack et son imposant dispositif, entre trip-hop organique et projections hypnotiques. Un show taillé pour la Grande Scène. «Je m’étais dit: waouh, il faut tenir l’espace… Et voilà que deux ans plus tard j’y étais. Il me fallait assurer», résume simplement la Française lorsqu’on lui demande ce qu’elle a ressenti au moment d’affronter un public de près de 25 000 personnes n’ayant d’yeux que pour elle.

Lire aussi: Sur scène, Jain se déchaîne

D’enfant à combattante

Elle est comme ça, Jain. Elle répond simplement, souvent brièvement, comme si elle n’avait pas réellement conscience du succès qui est le sien. Dans cet hôtel genevois où on la retrouve pour évoquer son deuxième album, Souldier, elle semble bien différente de la chanteuse extravertie applaudie au Paléo. «Je suis quelqu’un de timide, avoue-t-elle. Quand je suis sur scène, j’ai l’impression d’être beaucoup plus libre que dans ma vie de tous les jours; je joue un jeu, le jeu de Jain. J’incarne le mieux possible ce personnage en essayant de faire jouer le public avec moi.» Voilà le fin mot: Jain, ce n’est pas Jeanne Galice, née à Toulouse en 1992. Quand elle compose, c’est Jeanne qui s’exprime à travers des textes, en anglais, reflétant ses états d’âme, ce qu’elle a vécu; mais au moment du live, c’est Jain qui investit la scène. Un personnage qui a évolué entre Zanaka et Souldier, passant d’une jeune fille à l’air sage – zanaka signifie «enfant» en malgache – à une combattante. «Quelque chose de plus affirmé, de plus rentre-dedans, qui ressemble plus à ce que je suis aujourd’hui», affirme-t-elle.

C’est sur le continent africain que Jeanne a commencé à façonner Jain. Son père est ingénieur, et c’est d’abord à Dubaï qu’il emmène sa famille. Suivront des délocalisations au Congo puis à Abu Dhabi. A 16 ans, pas de crise d’adolescence, mais une envie soudaine, intense de s’exprimer à travers la musique. Elle apprend la guitare en autodidacte, commence à chanter et compose des morceaux guitare-voix. Afin de ne pas les oublier, elle demande à des amis s’ils connaîtraient quelqu’un qui aurait un petit studio à Pointe-Noire. On lui parle alors du musicien et DJ français Mr Flash, qui l’initie au logiciel de programmation Fruity Loops et lui apprend à s’enregistrer elle-même. «Je me suis alors sentie tellement bien avec ma musique que j’ai eu envie de la faire écouter. J’ai envoyé un mail à toutes les maisons de disques avec mon lien MySpace, et je n’ai reçu qu’une seule réponse: celle de mon manageur actuel. Le noyau dur de mon équipe est le même depuis dix ans.» Avec au centre Maxim Nucci, producteur de ses deux albums.

Se faire plaisir

Celui qui enregistre sous le nom de Yodelice est le premier à écouter ce qu’elle fait, et elle a une entière confiance en son regard. «Il me faut quelqu’un qui ait suffisamment de recul pour me dire stop si je vais trop loin. Pour Souldier, comme on se connaît beaucoup mieux, les discussions ont été plus franches, on n’est pas passés par quatre chemins pour dire si on n’aimait pas quelque chose. C’est pourquoi ce disque s’est fait beaucoup plus rapidement que le précédent.» Mais là où Zanaka, avec ses sonorités africaines, ses emprunts à la rumba congolaise et son tube Makeba (en hommage à une très grande dame de la musique sud-africaine), était une surprise, Souldier, sorti il y a une semaine, était un album attendu. «J’avais la pression qu’il ne plaise pas, la pression de faire un mauvais album. Je me suis posé beaucoup de questions, mais au final j’ai essayé de me faire confiance et de faire les choses comme je les ressentais. J’ai voulu non pas faire plaisir aux gens, mais d’abord me faire plaisir à moi, sinon ça aurait été contre-créatif.»

Même si Souldier s’inscrit dans la continuité de l’univers singulier développé avec Zanaka, on retrouve ici quelques arrangements plus orientalisants, de même qu’une approche plus frontale des sonorités urbaines, à l’image de cet Inspecta qui la voit détourner le générique du dessin animé Inspecteur Gadget, dont l’étrangeté et le côté psychotique la fascinent. «Comme j’aime bien le hip-hop, je voulais m’attaquer à la culture du sample, qui consiste à prendre un tube que tout le monde connaît, ou un gimmick, et le détourner en rappant.» Jain, ou l’art d’être un véritable sound system à elle toute seule.


Profil

1992 Le 7 février, naissance à Toulouse.

2008 Au Congo, se met à la musique.

2015 «Zanaka», premier album.

2017 Victoire de la musique de l’interprète féminine de l’année.

2018 «Souldier», deuxième album.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Comment faire peur au cinéma?

Du «Voyage sur la Lune» à «La nonne» en passant par le «Projet blair witch»: comment le film d'épouvante est-il né et comment ses codes ont-ils évolué au fil du temps? Décryptage en images

Comment faire peur au cinéma?

n/a