Sortant d’un divorce douloureux, Lucas (Mads Mikkelsen) travaille comme éducateur de la petite enfance. Klara, 6 ans, a le béguin pour lui. Elle lui offre un cœur en Lego que, en pédagogue averti, il décline. Chagrine qu’on ait boudé son offrande, la petite fille exprime sa contrariété devant une puéricultrice. Pour appuyer ses critiques, elle se réfère à ce qu’elle a vu de plus laid et entendu de plus vulgaire au monde: une photo pornographique sur l’iPad de son grand frère et l’expression grossière qui l’accompagnait.

Ce mouvement d’humeur va avoir de graves répercussions. Au principe que «les enfants ne mentent pas», ­la responsable du jardin d’enfants alerte les autorités. C’est l’effet papillon: un bobard de gosse attente à l’honneur d’un innocent et pulvérise les liens sociaux. Lucas est rejeté par tous, menacé, molesté. En quelques semaines, le citoyen apprécié devient le pédophile, le monstre.

En 1998, sous bannière Dogma, Thomas Vinterberg lançait un retentissant «Famille je te hais» avec Festen. Ses films suivants n’ont pas fait les étincelles qu’on était en droit d’attendre de ce dynamiteur. Avec La Chasse (Jagten), il reprend du poil de la bête, pourfendant la social-démocratie danoise, dénonçant la dictature de la bien-pensance et l’hystérie suscitée par les affaires de pédophilie.

Trop évident?

Cette histoire sans queue ni tête est irréprochablement menée. Scénario au cordeau, images puissantes, personnages réalistes. Et des acteurs au-delà de tout éloge, à commencer par le prodigieux Mads Mikkelsen, aussi fascinant en méchant de James Bond qu’en citoyen ordinaire. Pourtant, le film déçoit un peu. Il peine à surprendre. L’enchaînement des scènes semble logique, trop évident. Sommes-nous blasés? Une fois tous les épisodes de The Killing dévorés, le formidable savoir-faire et la hargne des cinéastes danois semblent normaux. C’est injuste.